mardi 24 avril 2018

Bissextile - Eric Russon ♥♥♥♥♥

Bissextile                   -    Eric Russon

Bissextile

Robert Laffont
Parution 01/02/2018
Pages : 360
EAN : 9782221188842
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur

Depuis plus de vingt ans, Sarah a rompu toute relation avec sa mère, une violoncelliste mondialement connue mais une femme totalement dénuée d’amour maternel. Pourtant, le jour où Élise, la domestique de cette dernière, vient lui apprendre qu’elle se meurt, Sarah doit se résoudre à la revoir et à retourner dans la maison de son enfance, dont elle hérite. Une villa à l’atmosphère inquiétante, entre mer et forêt, totalement coupée du monde, qu’Élise continue d’entretenir.
Peu à peu, Sarah se met à chercher les réponses aux questions qu’elle s’est toujours posées. Pourquoi sa mère était-elle si froide avec elle ? Pourquoi avait-elle brutalement interrompu sa carrière, pourtant exceptionnelle ? Pourquoi s’était-elle réfugiée dans un lieu si isolé ? Et qui envoie à Sarah ces photos d’elle petite fille qui atterrissent mystérieusement dans sa boîte aux lettres ?
Dans ce palpitant thriller familial, Éric Russon s’interroge sur les liens entre les êtres, la désobéissance, et la façon dont l’histoire collective influence les destins individuels.

L'auteur

Éric RUSSON



Eric Russon est né à Bruxelles. Journaliste spécialisé dans l’actualité culturelle, il a travaillé à Télé Bruxelles et sur La Première (RTBF). Depuis 2006, il présente « 50 degrés Nord » sur Arte Belgique. Il est l’auteur de deux pièces de théâtre. «Crispations » est son premier roman. Bissextile est le dernier en date.

Source ; Babelio


Mon avis

Sarah Vasseur est gynécologue, elle travaille dans la plus grande maternité d'une ville insituée, que l'on imagine être une capitale.  Nous sommes dans un autre temps, dans un futur pas si lointain.  Sarah est mariée à Nicolas, un architecte en vue avec qui elle a eu Jérôme, leur fils.

Lors de l'inauguration du Palais des Beaux Arts, rénové par son mari, elle admire un tableau dans une salle obscure, une toile d'une autre époque, d'avant la loi, représentant une famille.  Un homme étrange au chapeau de cow-boy l'aborde et lui parle de cette époque révolue, rêve ou réalité ?  L'homme s'est évaporé la laissant dans ses pensées.

Depuis plus de vingt ans, Sarah a coupé les ponts avec sa mère, Lucie Beaumont, violoncelliste mondialement connue qui a subitement mis fin à sa carrière à la naissance de Sarah.  Lucie se meurt et lui demande de la revoir une dernière fois.  Elle envoie Elise pour cette mission.  Elise qui semble vraiment fort dévouée.

Sarah hésite à revoir sa mère, marquée dans son enfance par l'absence complète d'amour maternel.

Coïncidence, Lucie reçoit des courriers, plus précisément des photos d'elle petite, c'est ce qui va l'inciter à renouer avec son passé.

Le décor est planté.  C'est une dystopie que nous propose Eric Russon, un thriller familial palpitant, rudement bien mené.

On ne sait pas très bien où on est, quand on est ?  La société a changé, évolué..

Il y a une loi votée il y a quarante ans, une loi temporaire, prévue au départ pour vingt ans, renouvelable tous les dix ans, elle régit la société.  Sera-t-elle amendée ?

La mobilisation n'est pas très grande.  Le peuple est surveillé.  Le plus inquiétant : les déviants , ils sont arrêtés  de façon violente, pourquoi ?

Il y a aussi une maison en bord de mer digne d'un tableau de Hopper ou d'un film de Hitchcock, elle est magnifique, inquiétante.  L'ambiance y est oppressante, un sentiment d'être épié y règne. Quels sont ces secrets enfouis ?

Un texte passionnant, captivant qui pose question sur les liens entre les êtres, la soumission, la désobéissance.  Une très jolie plume, de courts chapitres remontant le temps comme un compte à rebours.  Un texte puissant, marquant.

J'ai vraiment adoré, je vous le conseille vivement.  Les pages tournent toutes seules.  Un texte qui s'interroge sur certains problèmes de notre société.  Intelligent et super bien mené.

Un gros coup de coeur.




Les jolies phrases

Madame , c'était l'équilibre. La permanence. La clé de voûte de tout un édifice dont Élise fait partie.
Sa vie ressemble à une vieille armoire, avec une foule de tiroirs où chaque objet a sa place, bien séparé des autres.   Et il y a fort à craindre qu'à sa mort, tous les tiroirs soient jetés à terre et leur contenu répandu, mélangé.  Les compartiments qu'elle a passé une vie entière à garder fermés risquent de se retrouver sens dessus dessous.

C'est à cela qu'il occupe le temps qui lui reste, s'accrocher à tous ces vestiges d'un monde que le temps engloutit, comme un naufragé à un bout de bois.

Comment a-t-elle pu exprimer des émotions aussi intenses et se montrer aussi inapte à aimer sa fille?

Autant l'une était minérale et glaciale, autant l'image que Sarah garde de Jacques est celle d'un homme solaire.

Sa vie était consacrée à ces femmes qui un jour deviennent mères.  Il y avait certes dans ce choix l'expression d'une vocation mais aussi la volonté de percer un mystère.  Ce qu'elle voulait, c'était saisir cette étrange envie de se prolonger dans un autre corps, une autre existence.  Qu'elle en soit consciente ou non, par l'observation quotidienne du désir et de la joie d'enfanter, c'est l'indifférence de sa mère à son propre égard qu'elle souhaitait comprendre.

Aujourd'hui, le digital a tout bousillé.  Rien à voir avec ces merveilles argentiques.  Les photos saturent des mémoires virtuelles, perdues dans les nuages, que plus personne ne regarde.  On lègue des maisons, des propriétés, des voitures, des comptes en banque mais comment transmet-on vraiment un récit familial ? Et quand on n'a reçu aucun passé en héritage, le futur ne perd-il pas toute consistance ?

On ne refait pas sa vie, pas plus qu'on ne le recommence.  Repartir de zéro est une illusion, un leurre.  On aura beau cacher son passé dans une consigne dont on perdrait la clé, il se trouverait toujours quelqu'un de bien intentionné pour vous le rapporter.




dimanche 22 avril 2018

Apprendre à lire - Sébastien Ministru ♥♥♥♥♥

Apprendre à lire        -   Sébastien Ministru

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Grasset
Collection  Le  Courage
Parution le 10/01/2018
Pages : 160
Ean  9782246813996
Prix : 17 €


Présentation de l'éditeur


Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition : qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires : un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.
Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire.



Premier roman

L'auteur nous en parle

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Source TV5 Monde

Mon avis

Attention , immense coup de coeur.

Je connaissais la plume humoristique de Sébastien Ministru par le biais de ses pièces de théâtre "Cendrillon ce macho, Fever, Excit...", son humour parfois caustique par le biais de ses chroniques en radio, mais j'ignorais cette écriture sensible, tout en "retenue, tendresse et émotion".

C'est son premier roman, il est juste MAGNIFIQUE.  A lire absolument !

Antoine, approche la soixantaine, il est directeur de presse accaparé par son travail.  Il s'était éloigné de son père avec qui les relations ont toujours été difficiles et compliquées.

Antoine vit en couple avec Alex (artiste peintre) depuis trente ans. Ce duo est au fil du temps devenu platonique.  Antoine s'offre de temps à autre des relations tarifées.  C'est comme cela qu'il rencontrera Raphaël, surnommé Ron, un étudiant instituteur qui rêve de partir en Australie.

Un jour, le père d'Antoine lui demande de lui apprendre à lire et à écrire !  Antoine est un peu désarçonné, et pense à une lubie pour l'emmerder ... mais non son père y tient. Il veut savoir lire et écrire, et si au paradis on lui demandait sa signature pour entrer ?

Peu à peu, Antoine se rendra compte de la souffrance de son père, d'origine sarde envoyé à l'âge de six ans comme berger à la montagne.  L'école et l'éducation lui ont purement et simplement été supprimées.  Immigré ensuite pour travailler dans les mines, il n'a jamais pu signer le bulletin de son fils...  Frustrations..   Il perdra sa femme très jeune, trop jeune et deviendra acariâtre, grincheux, c'est comme ça qu'ils s'étaient éloignés.

Antoine s'en rapproche à présent, s'occupant du vieil homme, il essaie de lui apprendre à écrire, mais c'est compliqué, il n'a pas la patience, la méthode.

Un jour il demandera à Ron de prendre le relais.  Ron s'investira pendant quelques mois bien au delà de l'apprentissage de l'écriture et de la lecture, il permettra au père de s'ouvrir, de communiquer plus.  Le père s'attachera à Ron, changera.  Ron sera un peu le trait-d'union "père-fils", à la base de cette initiation filiale.

J'ai aimé ce premier roman en partie initiatique qui indirectement nous parle de l'immigration italienne, de la relation père-fils, de la honte et de la souffrance face à son analphabétisme.  J'ai aimé l'écriture à la fois franche, pudique et sobre de Sébastien Ministru, retrouvant son humour.

Un premier roman empreint d'humilité, d'émotions.  Un petit bijou tout simplement magnifique.

Foncez, c'est une très belle découverte.

Immense ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Tomber amoureux est la pire des pertes de contrôle, une mise à genoux de la vie qui n'engendre que mièvrerie et troubles de la concentration.

Mon père ne savait ni lire ni écrire parce qu'il avait dû obéir aux ordres de sa famille qui lui avait refusé le droit de fréquenter l'école et confisqué à jamais le droit de s'affranchir.  Je voulais bien le croire mais il n'avait pas dû être le seul dans ce cas en ce temps-là. Ce que j'avais oublié de prendre en considération c'était la souffrance qu'il avait dû endurer en silence et qui avait, sans doute, fait de lui cet homme rude et difficile.

Mais à quoi ça va te servir de savoir lire ?
A quoi ça va me servir ? Mais à lire.  Peut-être que lire, ça fait mourir moins vite.

Lire et écrire, comme inspirer et expirer, sont des gestes naturels que personne ne se souvient d'avoir appris.

La vieillesse et la jeunesse ont cela en commun qu'il faut faire vite - pour l'une parce qu'il n'y a plus de temps à perdre, pour l'autre parce qu'il n'y en a jamais eu à économiser.

Pour les mots simples, il ne s'en sortait pas trop mal, pour les mots plus compliqués, c'est-à-dire plus longs, il se perdait.  Son esprit, en suspens, tombait comme une poussière au vent dans les coursives qui rattachaient les lettres entre elles et dessinaient le mot, égaré par l'architecture même du vocable qui édifiait devant lui une forteresse impossible à prendre.

p87

Il arrive un moment dans l'existence où l'on sent que ce qu'on n'aurait jamais pu faire est la chose à faire.

99 % de la population est alphabétisée, mon père fait partie de cette infime portion de gens qui n'ont jamais été scolarisés.  J'ai mis longtemps à le comprendre, mais il vivait ce handicap comme une réelle douleur - secrète, fourbe et lancinante, maudissant en silence son propre père qui lui avait interdit l'entrée à l'école sans mesurer les dégâts que cela causerait chez lui.  J'ai sous-estimé la satisfaction qu'il éprouvait d'avoir pu apprendre les rudiments de la lecture et de l'écriture.

Il y a des gestes qui, si on les fait, ne portent pas à conséquence; il y en a d'autres qui, si on ne les fait pas, existent quand même.

Son écriture, malhabile, curieusement encombrée de courbes et d'arrondis, ne reflétais pas l'homme, mince, tendu et anguleux, que je connaissais.  La forme des signes qu'il traçait avec cette volonté de prendre beaucoup d'espace révélait une autre part de lui, longtemps enfouie et qui, c'était vraiment çà  le miracle, lui rendit le sourire qu'enfant on lui avait confisqué.


samedi 21 avril 2018

Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur - Patrick Roegiers

Le roi, Donald duck et les vacances du dessinateur

Patrick Roegiers

Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur

GRASSET
Parution : 17/01/2018
Pages : 304
Prix : 20.00 €
Prix du livre numérique: 14.99 €
EAN : 9782246860211


Présentation de l'éditeur

— Vous avez le permis pour regarder le lac ?
— C’est combien ?
— 50 francs suisses.
— Ce n’est pas donné.
— Tout se paye.
— On l’a noté.
— Pas de sous, pas de Suisse.
— Quel beau pays !

Hergé, le père de Tintin, et Léopold, le roi des Belges, se rencontrent au bord du lac Léman, en juillet 1948. L’un est en dépression, l’autre en exil. Ils sont les protagonistes d’un film où ils jouent leur propre personnage et qui se tourne à mesure que le roman s’écrit. La distribution comprend Marlene Dietrich, Humphrey Bogart et Ava Gardner notamment, mais aussi Tex Avery, Walt Disney et Harold Lloyd. Le film est dans le roman, le roman est dans le film.
Un livre vraiment original, drôle, inattendu, mordant et sarcastique, où la virtuosité s’allie à la plus haute fantaisie.


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Mon avis

Quel titre que celui-là ! Tout un programme.

De l'humour, vous l'avez bien compris.  Patrick Rogiers aime mettre en scène des personnages ayant vécu à la même époque et les placer au coeur d'une fiction.  Mêler le vrai du faux, le faux du vrai.

C'est ce qu'il a fait ici au centre de ce roman qui contient lui-même le tournage d'un film.

Nous sommes en Suisse, pays neutre en 1948.

A cette époque, le roi Léopold se trouve en exil dans ce pays, Georges Rémy mieux connu sous le pseudo de Hergé s'y trouve également.  Il se repose, dépressif , ne trouvant plus l'inspiration.

Patrick Rogiers a imaginé que ces deux-là se rencontrent au bord d'un lac suisse...  Il va plus loin, ils vont faire partie d'un film dont ils seront les acteurs principaux, entourés de vrais comédiens qui eux joueront les rôles secondaires.

On mélange le vrai au faux....Le film par exemple au lieu de se tourner dans le vrai cadre naturel se tournera exclusivement dans des décors en carton pâte mais à l'intérieur de ceux-ci tout le reste sera plus vrai que nature : la vaisselle, le champagne, les verres en cristal...   Réalité et fiction, la marge est faible.

Peu à peu Léopold et Hergé vont se livrer, laissant paraître leurs faiblesses, leurs fêlures, leurs secrets.

Et Donald Duck dans tout ça me direz vous ?  C'est le gardien du lac.

Les acteurs jouant les rôles secondaires sont entre autres Tex Avery, Charlot, Laurel et Hardy, les Marx Brothers mais aussi Gloria Swanson, Einstein, la Castafiore, Greta Garbo y font leur apparition.

On retrouve une foule de films et d'acteurs d'Hollywood et d'ailleurs des tas de références cinématographiques.

Les dialogues entre Léopold et Hergé sont succulents, plats, convenus, amusants, ils m'on fait sourire tout au long de la lecture.

La Suisse, elle aussi est au coeur du récit, tous les clichés la concernant sont mis en évidence.

On se promène au bord du lac, c'est joli mais c'est la surface.  Que se cache-t-il dans la vase ?  c'est un peu le sujet que nous cachent Léopold et Hergé ?

J'ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note : 8.5/10

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Les jolies phrases

Le jeu n'est pas une imitation de la vie.  Jouer, c'est vivre.

Il n'y a pas que les montagnes qui ne se rencontrent pas.  Les extrémités du temps se rejoignaient.

Le bonheur est une réalité qu'on invente.  Il n'existe pas par lui-même.

On ne le connaît vraiment que si on tente de le poursuivre.

Rien n'est plus ennuyeux que la perfection.

Ce que l'on trouve compte moins que ce que l'on recherche.

Le cinéma n'est-il pas l'art d'inventer du vrai à partir du faux et du faux à partir du vrai ?

Le cinéma est l'art du retour permanent et le roman celui de la reprise incessante.  On ne vit pas deux fois.  Ce qui est fait l'est une fois pour toutes. Et il impossible de revenir en arrière.

Dans le film qu'il venait de réaliser, comme dans le roman qui s'était déroulé, tout était vrai parce que tout était imaginé.

Le roi ne peut rien dire.  Il en avait pris son parti et faisait sien le proverbe suisse "Mieux vaut être haï ou redouté que ridicule".  Et aussi celui-ci : 3les plus moqueurs sont ceux qui auraient le moins le droit de l'être".


Du même auteur j'ai lu :

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vendredi 20 avril 2018

Cowboy Henk et le gang des offreurs de chevaux

Cowboy Henk et le gang des offreurs de chevaux

Kamagurka & Herr Seele


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Frémok Editions
Collection Amphigouri
Parution janvier 2018
Traduit du néerlandais par Willem
Pages : 48
ISBN 9782390220107
Prix : 18  €


Présentation de l'éditeur


Un cheval galope à travers le paysage désolé de Volga Valley avec pour seul compagnon son cowboy.

Mais il ne s’agit pas de n’importe quel cowboy... Voilà le seul, le vrai, l’unique Cowboy Henk ! Notre héros à la houpette dodue va devoir démasquer de redoutables offreurs de chevaux, affronter des indiens sportifs de haut niveau, sans oublier une mission ô combien périlleuse : apprendre l’alphabet !

Initialement paru en 1986 à L’Écho des Savanes, Cowboy Henk et le Gang des Offreurs de Chevaux de Herr Seele et Kamagurka est le quatrième titre du célèbre cowboy réédité aux éditions Frémok qui, cerise sur les chevaux s'orne ici d'une traduction du génial Willem. Différence de taille par rapport aux titres précédents, il s’agit ici d’une histoire complète de 44 pages. S’y déploie le récit absurde du combat entre Henk et un gang d’offreurs de chevaux, tandis que les voyelles de la réserve de caractères typographiques de Fort Knox ont été volées par des Indiens.

Cowboy Henk et le Gang des Offreurs de Chevaux réunit les ingrédients qui ont fait le succès et la marque de fabrique inimitable de Herr Seele et Kamagurka : un humour potache, de l’absurde, des références à l’Histoire de l’Art et de la bande dessinée, une fantaisie sans borne, et une pointe de scatophilie... sans oublier un passage chez le coiffeur.

Il y a de toute évidence du Tintin et du Lucky Luke dans ce récit qui s’inscrit dans la tradition graphique des albums franco-belge et de la fameuse ligne claire, mais les codes piochés dans un imaginaire nostalgique sont allègrement parodiés afin de composer une aventure surréaliste et dadaïste. Le style volontairement désuet de l’ouvrage original est rendu dans cette réédition par l’impression en bichromie. Bluffant de modernité, cet album confirme l’intemporalité de l’oeuvre de Herr Seele et Kamagurka, précurseurs et indétrônables génies de la bande dessinée d’humour depuis plus de 30 ans.

Mon avis

Un album que j'ai piqué à mon mari.  Un album belge réédité, ça tombe bien c'est justement le mois belge chez Anne et Mina, l'occasion de le découvrir.

La version originale est parue en 1986 sous le titre de Cowboy Henk - De paardenschenkers aux éditions De Harmonie (Amsterdam) en français, Maurice le Cow-boy paru dans "L'écho des Savanes" Albin Michel traduit par Willem.

Bienvenue dans cette BD belgo-flamande, décalée à souhait.

On suit les aventures du Cowboy Henk à la recherche du gang des offreurs de chevaux dont il est lui même victime sans réellement s'en apercevoir.  

Il se rendra à Fort Knox pour apprendre l'alphabet afin de lire un bouquin sur les offreurs de chevaux... ça commence fort!

Surréalisme au rendez-vous, ce n'est pas belge pour rien !

Un humour très particulier décalé qui m'a vraiment fait rire.  A prendre au trente-sixième degré.  Cela se lit très vite, j'ai apprécié.

Ma note : 9/10



mardi 17 avril 2018

Ecoutez nos défaites - Laurent Gaudé

Ecoutez nos défaites  -  Laurent Gaudé



Actes Sud
Parution : août 216
Pages : 288
ISBN 978-2-330-06649-9
Prix  : 20, 00€

Présentation de l'éditeur


Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d'élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d'une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours – le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste... Un roman inquiet et mélancolique qui constate l'inanité de toute conquête et proclame que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu'on meure pour elles.


“Écoutez nos défaites est un livre sur le temps. Celui des quatre époques qui s’entremêlent et construisent le récit : la guerre entre Hannibal et Rome, la guerre de Sécession, la deuxième guerre italo-éthiopienne et enfin l’époque contemporaine. Mais c’est aussi un livre qui essaie de saisir ce continuum qui nous traverse, nous lie aux époques précédentes, dans une sorte de mystérieuse verticalité. Un peu comme le font ces objets archéologiques qui traversent les siècles, surgissent parfois à nos yeux, au gré d’une fouille, nous regardent avec le silence profond des âges et disparaissent à nouveau, vendus, détruits ou engloutis pour quelques siècles encore.
Dans Écoutez nos défaites, chacun espère la victoire. Les généraux réfléchissent, construisent des stratégies, s’agitent, envoient leurs hommes à l’assaut, connaissent des revers, des débâcles, se reprennent et parviennent parfois à vaincre. Mais qu’est-ce que vaincre ? Battre son ennemi ou lui survivre ? Est-ce qu’au fond Hannibal n’a pas vaincu Scipion ? N’est-ce pas lui qui est devenu mythe ? Qu’estce que vaincre lorsque la partie ne se joue pas uniquement sur le champ de bataille ? Hannibal, Grant et Hailé Sélassié ne meurent pas au milieu de leurs troupes. Ils survivent à la guerre, traversent cette épreuve et vieillissent. Et avec le temps, l’écho lointain des batailles, si terrifiant au moment où ils les vécurent, devient peut-être le bruit de leur gloire passée ou en tout cas le souvenir d’instants où ils furent vivants comme jamais. Car ce qui vient après la bataille, que l’on ait gagné ou perdu, c’est l’abdication intime, cette défaite que nous connaissons tous, face au temps.
Et si, dès lors, la défaite n’avait rien à voir avec l’échec ? Et s’il ne s’agissait pas de réussir ou de rater sa vie mais d’apprendre à perdre, d’accepter cette fatalité ? Nous tomberons tous. Le pari n’est pas d’échapper à cette chute mais plutôt de la vivre pleinement, librement.
Les deux personnages principaux d’Écoutez nos défaites, Assem, l’agent des services français, et Mariam, l’archéologue irakienne, sont dans cette quête. Ils sont aux endroits où le monde se convulse. Et si la défaite ne peut être évitée, du moins son approche est-elle l’occasion pour eux de s’affranchir. Quitter l’obéissance et remettre des mots sur le monde. Assumer la liberté de vivre dans la sensualité et le combat. C’est cet affranchissement commun qui rend leur rencontre possible et va les unir dans cette traversée d’un monde en feu, où ils seront peut-être défaits mais sans jamais cesser d’être souverains.”



L. G.



 

Mon avis


Cela faisait un moment que j'avais envie de lire ce livre "perdu" dans ma monstrueuse PAL, merci à Jostein de m'avoir attendue pour cette LC.


Un très beau roman de Gaudé avec un sujet difficile. La construction est particulière car des personnages qui à priori n'ont rien en commun car ils ont vécu à des périodes différentes nous livrent pourtant le même message provoquant en nous réflexion et questionnement.


Pourquoi encore et toujours entreprendre des guerres, pour gagner quoi au final ? La victoire n'a-t-elle pas toujours un goût amer de défaite ? Pourquoi tant de sacrifices pour gagner un combat ? Quand s'arrêtera la folie meurtrière des hommes ? Pour quelle victoire en somme ? Pourquoi commettre à chaque fois les mêmes erreurs, reproduire les mêmes schémas ?


Ce sont toutes ces questions que trois héros glorieux : Hannibal, le général Grant, Hailé Sélassié se sont posées, tout comme Assam et Mariam.


Le constat est le même à chaque période de l'Histoire : chaque victoire a sa défaite.


Assem Graïeb est fatigué, il a fait des tas de missions pour les services généraux français. Sa dernière mission est de retrouver un homologue américain ayant tué Ben Laden. Cet homme est-il fiable ou faut-il le neutraliser ? Assem a toujours agi pour servir sa nation. Il n'a gagné aucune victoire même lorsqu'il a supprimé Kadhafi . Sa défaite : perdre foi dans l'humanité.


Il rencontrera Mariam, une archéologue irakienne qui célèbre ses victoires lorsqu'elle retrouve des objets volés, perdus suite aux pillages et dynamitage des sites du Moyen-Orient. L'arrivée de la maladie sera sa défaite.


En parallèle on mélange le destin d'Hannibal combattant depuis plus de vingt ans contre Rome. Il y aura des victoires mais aussi des défaites. Il s'est fait un nom mais il est diminué physiquement et toutes ses années perdues loin de sa famille.


Ulysse Grant gagnera contre les confédérés, il sera élu président mais que de morts, que de sacrifices en vies humaines. Son surnom "le boucher" lui survivra, la corruption aussi sera sa défaite.


Enfin Hailé Sélassié sait que son armée est en mauvaise posture contre Mussolini , sa défaite sera l'exil et la lâcheté de la SDN.


L'écriture passionne, mêlant ces parcours de vie, dans un même combat, une même histoire en fait. Il y a toujours une faille et aucune victoire n'est pleine et réelle, c'est toujours au détriment de quelque chose.


Comme à chaque fois Laurent Gaudé nous tient en haleine. Un très bon moment de lecture, un joli texte.


Ma note : 9/10

L'avis de Jostein se trouve ici

Les jolies phrases


Il se souvient de l'instant où il avait accepté de mourir, et il le faisait sans haine, à cause des pleurs des femmes, probablement, ou parce qu'il a trop souvent tué pour ne pas reconnaître à l'ennemi le droit de lui prendre la vie.

Au départ, déjà, la certitude qu'il n'y aura aucune victoire pleine et joyeuse.

Les mille possibilités, hasards, carrefours, improbabilités qu'offre la vie sans cesse.  Et vivre, peut-être, n'est que cela : se frayer un chemin à travers les aléas.

Qu'est-ce qu'ils croyaient ?  La boucherie, voilà ce qu'est la guerre.  Rien d'autre.

Cette lutte qui semble si vaine, préserver des objets quand le monde tout autour brûle et se déchire, cette lutte, vouée à la défaite sûrement, qui cherche à arracher du néant ce qui, immanquablement, y retournera. 

Au fond, il n'y a que cela qui soit juste, que cela qui vaille la peine de prendre les armes : la libération des peuples.

Au départ, déjà, il y a le sang et le deuil. Au départ, déjà, il faut accepter l'idée d'être amputé de ce qui vous est le plus cher.  Au départ, déjà, la certitude qu'il n'y aura aucune victoire pleine et joyeuse.

Qu'est ce qu'ils croyaient, tous ?  Qu'on obtient des victoires en restant immaculé ? Que l'on peut sortir de tant de mêlées indemne et frais comme au premier jour ?

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