jeudi 22 février 2018

Poc - Stéphane Grisard

Poc         -            Stéphane Grisard

Poc

Bookelis
Parution : 20/03/2017
Pages : 314
Prix : 14.90 €
Prix e book : 2.99€

Présentation de l'éditeur

Poc est un roman à trois voix. Trois enfances. Trois périodes différentes du XXè siècle, en France. Ce sont trois voix distinctes qui se rejoignent pour ne former plus qu’une.
POC commence donc dans les années 1920 et défile jusqu’en 2063.
On y croise des ouvriers, des Allemands, des paysans, des blousons noirs, des mariés, un ministre de la guerre, des piliers de comptoir, des Viêt-Minhs, des profs, des artistes, un chien moche.
On y entend de l’accordéon, des vitres qui cassent, des cris silencieux, des poèmes salvateurs, des riffs de guitare, des tilts de flipper, l’accélération d’une voiture, des détonations, un voisin qui râle et les cloches du Beffroi de Bruges.
On y découvre l’enfance par la rue, par le pissenlit sur le trottoir, le sentier buissonnier, le sirop du pavé.
On y danse pendant la vie, et même parfois après.

En images




Mon avis


Un premier roman auto-édité que vous devez absolument lire car il y a du talent. C'est un peu un diamant à l'état brut que je vous propose. Je me répète mais c'est un auteur à suivre.

C'est un récit et une plume originale, particulière.  Un roman inclassable je pense car il comporte tellement de facettes qui le rendent unique.

Il s'agit de trois hommes, trois destins, trois époques que nous allons suivre de 1920 à 2063.

J'avoue avoir été un peu perturbée au début car de chapitre en chapitre, j'avais un peu de mal de savoir de qui l'auteur me parlait; Sébastien, Edouard ou Edmond,  mais ceci était peut-être volontaire ...

Il y a Sébastien, né en 1973 passant sa prime jeunesse dans une tour HLM avec vue sur la prison de Fleury Mérogis.  Un père alcoolique, violent, absent durant une grande partie de sa jeunesse.  Une mère vivant égoïstement sa vie.  Sébastien est attiré par la littérature et le théâtre.  Tout aurait pu être différent s'il avait eu un peu de reconnaissance.

Il y a Edouard, 16 ans en 1944, enfant de parents divorcés, en manque d'amour.  A l'âge de 17 ans il effectue un STO rural, ensuite il s'engage à l'armée, il vivra la guerre d'Indochine et croisera souvent la mort de très prêt.  Une croix, un casque !

Michel, enfin est né à la fin de la seconde guerre mondiale.  Il est médiocre à l'école, deviendra manuel, fêtard, aimant les filles et boire un coup.  Il se mariera dans les années 70.

Ces trois vies, nous retracent trois époques.  C'est intéressant de voir l'évolution de la société, de l'école, du monde du travail, une société en mutation.

On s'attache aux personnages très bien construits, bien travaillés, bien développés psychologiquement.  Ce sont trois êtres cabossés par la vie avec leurs fêlures.

Il y a beaucoup de noirceur, de violence mais aussi pas mal de poésie.

On y parle des relations parents-enfants, de l'abandon, du manque d'amour, d'une certaine maltraitance et de la façon dont chacun fera sa vie.

"Le destin de chacun dépend parfois de peu de choses ..."

Une écriture originale, un style bien particulier rempli d'humanité.  Les personnages nous parlent sans langue de bois.  La plume mêle de l'argot et de la poésie.  Stéphane Grisard joue sur le langage.  Sa plume est très visuelle, on a le sentiment de "voir un film", les époques se succèdent.  Il y a du rythme, du réalisme et de l'humain.

Et que d'émotions également en cours et fin de lecture.

Merci aux épicurieux d'avoir parlé de cette petite merveille et de m'avoir donné l'envie de la découvrir, je serais passée à côté de quelque chose.

Alors comme moi laissez vous tenter et découvrez "Poc", je vous le recommande vivement.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

La campagne, Sébastien avait trouvé ça aussi ennuyeux que la ville.  Très jeune, il comprit que l'on pouvait être heureux partout, ou nulle part.  Cela ne dépendait pas de l'endroit, mais d'avec qui on vivait, et de ce qu'on y faisait.

Quand on est douleur, la moindre caresse se meut parfois en gifle violente.

Pour être gosse, fallait rester bavard dans sa tête.

C'est comme un trou dans le mur, si tu veux plus le voir, tu fous une pierre à la bonne taille dedans et hop, c'est réglé.

Moi, je crois qu'au final on meurt de son passé, de son enfance, de cette époque quand on n'a pas eu le matériel pour suturer les plaies.  On a beau essayer de colmater autour de la pierre dans le trou, ben y reste des brèches, ça suite toujours un peu, plus ou moins lentement, sans bruit, comme un filet de vie qui s'écoulerait pour un aller simple vers nulle part, un goutte à goutte du pus de l'existence.  On se vide toujours de soi par l'enfance, suriné par l'écho d'un rire perdu, dézingué par trois notes de musique oubliées, disloqué par des mots assassins qui te mosaïquent le citron.

Puis, le divorce des parents qu'est une guerre qui sera pourtant jamais dans les manuels d'Histoire.  Où y a pas de photos des trous d'obus, pas de minutes de silence pour les fusillés, pas de flamme pour le gamin inconnu ...

Pour protéger les gosses, les adultes inventent des stratagèmes alambiqués, des plans sibyllins.  C'est surtout eux qu'ils protègent.  Ils s'épouvantent de leurs propres mots, de leurs regards fuyants, de leurs émotions mal domptées, mal digérées.  Alors ça controuve, ça feint, ça détourne. Ça utilise un mot pour un autre, ça calcule en codes verbaux, se creuse en langages parallèles, implique des pré-requis "secret défense".

Les blessures de gosse, c'est comme un lavabo rempli d'eau bouillante.  Si tu poses doucement ta main bien à plat juste sur la surface, ça paraît presque froid, ça ne fait rien.  Mais si tu plonges la main dedans, tu te brûles et la douleur devient vite insupportable.

Cet homme n'a fait qu'une chose et ça a pourtant changé ma vie.  Il m'a regardé avec douceur, et tendresse.  Pis il a cru en moi.  Il me l'a dit.  Il ne connaissait rien de moi, mais il m'a demandé de lire "Le Saguoin" de Mauriac.

J'ai voulu briller comme le soleil, alors que je n'étais qu'un reflet de la lune.

Le plus dur, c'est de tuer les souvenirs.  L'autre qui a tant partagé, qui a tout vu, été témoin de qui nous fûmes, de ce que nous avons vécu, efface avec son départ la moindre photo jaunie.  Rien n'a existé ?

On meurt de son enfance, s'y consumant à petit feu.  L'humain se croit invincible, mais chaque jour la terre se rapproche du soleil un peu plus.  Plus la lumière sera là, plus la chaleur l'accompagnera.  La lucidité brûle l'âme et finira par l'exploser.

La seule fraternité qui vaille est celle du silence.

J'écris pour la blessure, pas pour le pansement.  Seul le sang qui encre m'intéresse.

mardi 20 février 2018

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire...

Les petits derniers sur mon Himalaya à lire




Il y a comme un air de mois belge en préparation dans ma PAL...
C'est prévu comme chaque année en avril.

Celui-ci me tente énormément, il s'agit d'un premier roman du Nord de mon pays, j'ai hâte de le découvrir.

Lize Spit      Débâcle



Actes Sud
Traduit du néerlandais par Emmanuelle Tardif
Parution : février 2018
Pages : 432
Isbn : 9782330092658
Prix : 23 €

Présentation de l'éditeur 

À Bovenmeer, un petit village flamand, seuls trois bébés sont nés en 1988 : Laurens, Pim et Eva. Enfants, les “trois mous­quetaires” sont inséparables, mais à l’adolescence leurs rap­ports, insidieusement, se fissurent. Un été de canicule, les deux garçons conçoivent un plan : faire se déshabiller devant eux, et plus si possible, les plus jolies filles du village. Pour cela, ils imaginent un stratagème : la candidate devra résoudre une énigme en posant des questions ; à chaque erreur, il lui faudra enlever un vêtement. Eva doit fournir l’énigme et ser­vir d’arbitre si elle veut rester dans la bande. Elle accepte, sans savoir encore que cet “été meurtrier” la marquera à jamais. Treize ans plus tard, devenue adulte, Eva retourne pour la première fois dans son village natal. Cette fois, c’est elle qui a un plan…
Véritable coup de tonnerre dans le paysage littéraire aux Pays-Bas et en Belgique, immense succès de librairie qui a valu à son auteur les plus grands éloges, Débâcle est un roman choc, servi par une écriture hyperréaliste et intransigeante. Une expérience de lecture inoubliable.

Une belle rencontre à la libraire Antigone m'a donné envie de découvrir le prix Saga café

Rosa             Marcel Sel

Rosa

On lit éditions
Parution : 01/03/2017
Pages : 300
ISBN 9782876600868
Prix : 19.50 €

Présentation de l'éditeur

Une poignante saga familiale qui navigue entre l'Italie fasciste d'hier et la Belgique d'aujourd'hui.

« Tu vas écrire un roman. » Albert Palombieri, mon père, n’est venu que pour me dire ça. Lui qui ne m’a jamais lu ! Quand j’étais enfant, il jetait mes poèmes à la corbeille. Ceux que mes neuf ans inquiets posaient sur son bureau. Mais je tiens ma revanche : je vais lui écrire l’histoire de Rosa, sa mère. Albert ne sait rien d’elle. Il ne sait pas qu’elle fut fasciste, puis résistante, ni qu’elle a été déportée.

Des nouvelles, j'apprécie sa plume :

A qui se fier ?                      Agnès Dumont


Quadrature
Parution : février 2018
Pages : 130
Isbn : 9782930538808
Prix : 16 €

Présentation de l'éditeur


« Elise s’était contentée d’un sourire affectueux. Son grand avait toujours été ainsi : il se méfiait de tout et de tout le monde, et qu’est-ce que cela lui rapportait au bout du compte ? Des aigreurs d’estomac ou des migraines. Maux dont elle-même, heureuse nature, était le plus souvent dispensée. »

Qui sommes-nous ? Qui sont ceux qui nous entourent et que nous croyons connaitre ? Nous portons un masque et les autres aussi. Mais ces masques ne sont-ils pas tout aussi vrais que ce qu’ils prétendent dissimuler ?

Pour commencer le mois belge avec de la poésie, j'ai très envie de lire :

For intérieur      Thierry Werts

Couverture de : For intérieur -  Ouverture dans une nouvelle fenêtre

Pippa éditions
Parution : avril 2016
Pages : 88
ISBN : 978-2-916506-80-7
Prix : 15 €

Présentation de l'éditeur 


« Depuis l’enfance, je m’interroge.
Un moment ce fut de mon âge. Puis beaucoup moins.
Chercher sans cesse le pourquoi des choses est bien
souvent déplacé, voire inconvenant.

J’en ai pourtant fait mon métier de magistrat et cela fait
plus de vingt ans que je regarde le monde de trop près.

Cela ne se fait pas sans risque. Je m’imagine parfois tel un
funambule, prenant de la hauteur et n’ayant d’autre choix
que d’aller de l’avant.

De ce voyage - souvent éprouvant - à la rencontre de mes
semblables, je retiens des visages, des horizons.


De façon étonnante, ils me suggèrent de vivre dans
l’instant présent et m’invitent à traverser chaque jour
comme si c’était le dernier.

Je les revois parfois, lorsque je suis saisi par le mystère de
tout ce que le monde infini porte en lui de beauté
et de force, malgré tout.

Autant d’instantanés.De questions sans réponse ."

Et pour terminer avant de succomber à la Foire du livre, il sera présent 

Un océan, deux mers, trois continents     Wilfried N'Sondé


Actes Sud
Parution : janvier 2018
Pages : 272
ISBN : 978-2-330-09052-4
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur 

Il s’appelle Nsaku Ne Vunda, il est né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Orphelin élevé dans le respect des ancêtres et des traditions, éduqué par les missionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, le voici, au tout début du XVIIe siècle, chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s’apprête à embarquer est chargé d’esclaves…
Roman d’aventures et récit de formation, Un océan, deux mers, trois continents plonge ce personnage méconnu de l’Histoire, véritable Candide africain armé d’une inépuisable compassion, dans une série de péripéties qui vont mettre à mal sa foi en Dieu et en l’homme. Tout d’ardeur poétique et de sincérité généreuse, Wilfried N’Sondé signe un ébouriffant plaidoyer pour la tolérance qui exalte les nécessaires vertus de l’égalité, de la fraternité et de l’espérance.

dimanche 18 février 2018

La guerre des lulus - La der des ders Hautière et Hardoc

La guerre des Lulus   Tome 5

La der des ders      -  Régis Hautière et Hardoc

La Guerre des Lulus - Tome 5 - 1918, Le der des ders

Casterman
Scénario :  Régis Hautière
Dessins   :  Hardoc
Parution le 15 novembre 2017
Pages : 64
ISBN : 9782203126305
Prix : 13.95 €

Présentation de l'éditeur

L’odyssée d’un petit groupe d’enfants tout au long des années de la Grande Guerre.

1918

Alors que la Première Guerre mondiale fait rage, les Lulus tentent de survivre en zone occupée. Enrôlés malgré eux par une société secrète, les quatre orphelins sont contraints de se séparer. Cette séparation, la toute première depuis qu'ils se connaissent, pourrait être beaucoup plus longue qu'ils ne l'imaginent...

  

Mon avis


Du retard dans mes billets et l'oubli de chroniquer ce dernier volume de cette série que j'ai adoré "La guerre des Lulus", en fait ce ne sera pas le dernier car on nous annonce des prolongations avec "La perspective Luigi" . Merci pour ce bonus annoncé.

Nous sommes en 1918, la guerre touche à sa fin mais nos Lulus l'ignorent encore. Ils ont été "capturés" dans les bois , stoppés dans le désir d'aller en Suisse.

Nous sommes en zone occupée et nos "lulus" découvrent la société des Gentils Hommes, le monde de la résistance. l'existence d'un journal clandestin, de la tsf. Ils vont être obligés de se séparer. Lucien et Luigi iront espionner les allemands à Charleville. Première séparation depuis le début de la guerre.

Se retrouveront-ils ensuite ?

Pour le savoir plongez-vous dans ce dernier volume (enfin presque) pour connaître l'épilogue.


Toujours aussi savoureux, une série que je vous recommande chaleureusement.


Ma note : 9.5/10


Dans la même série


Cliquez sur la couverture pour retrouver mon billet


Régis Hautière et  Hardoc - La Guerre des Lulus Tome 1 : 1914 : La maison des enfants trouvés.

La Guerre des Lulus - Tome 4 - 1917, la déchirure

vendredi 16 février 2018

La solitude des étoiles - Martine Rouhart ♥

La solitude des étoiles    -   Martine Rouhart



Murmure des soirs
Parution  octobre 2017
Pages : 219
ISBN 978-2-930657-38-7
Prix : 19 €


Présentation de l'éditeur

Qu’est-ce qui pousse Camille à quitter la vie citadine, pour une maison isolée au fond des bois avec son chat et son lapin ? Un besoin de faire le point, dans une solitude totale. Totale ? Un inconnu frappe à la porte. Que lui veut-il ? Et pourquoi laisse-t-elle, jour après jour, cet homme aux yeux clairs prendre ses aises chez elle ? Un roman lumineux sur l’ouverture aux autres, la beauté des rencontres de hasard et le refus des préjugés.

L'auteure


Martine Rouhart est née à Mons et a mené une carrière de juriste. Donner de la poésie à la vie, voilà ce qui l’a incitée à prendre la plume. Essentiellement romancière, elle publie aussi des nouvelles et des poèmes dans diverses revues. La Solitude des étoiles est son sixième roman.

Mon avis


J'ai découvert Martine Rouhart à l'occasion d'une belle soirée littéraire "une roulade littéraire corsée", il y a un peu plus d'un an.

J'avais découvert sa plume avec son précédent roman "Proche lointain" dont le billet se trouve ici.
Merci Martine de m'avoir proposé ton dernier roman, le sixième "La solitude des étoiles" paru dans une maison d'éditions belge à découvrir "Murmure des soirs", un régal ♥  J'ai vraiment passé un excellent moment.

Quelle évolution dans l'écriture, j'ai vraiment été touchée par cette plume magnifique, très poétique.

De quoi parle-t-on ?

De solitudes, de rencontres, du hasard qui n'existe pas.
Camille a 45 ans, elle vit seule à côté d'un zoo.  Assistante vétérinaire, elle a plus d'affinités avec les animaux qu'avec les Hommes !

Camille a été déçue par l'attitude de son premier amour, elle a perdu Bruno son mari il y a trois ans.  Avec lui elle menait une vie pépère, tranquille.

Depuis son départ, elle s'enferme dans sa solitude.  Elle nous dit :

"Je fuis les gens et pourtant la solitude me pèse, étrange paradoxe."

Elle décide de faire le point, de faire un break.  Destination : les Ardennes, une maison isolée en bordure des bois.  Objectif : se retrouver seule avec elle-même, son chat et son lapin !  Elle traîne avec sa solitude jusqu'au jour où on frappe à sa porte.  Qui ose ainsi perturber son isolement ?

C'est Théodore !  Il s'invite chaque jour.  Il frappe, entre, ne dit rien ou presque.  Il vit dans les bois, sans abri, il à l'apparence d'un clochard et sent le sous-bois , la terre, l'âcre !

C'est un peu comme un animal sauvage à apprivoiser.

Peu à peu, Camille se rend compte que cet homme va faire changer son attitude, elle le guette, l'attend chaque jour.

Petit à petit, il va se livrer, lui conter ses secrets, et elle va s'ouvrir enfin.

Une plume magnifique, très poétique.  Des mots très bien choisis.  Le style est simple, la construction intéressante.  Camille nous conte son existence, sa mère Suzanne aussi se livre.  Entre chaque 'confidence", un petit texte bien choisi sur l'univers et les étoiles, apporte un intermède, une respiration.

Des parallèles avec l'univers, un ciel étoilé, des êtres différents, les étoiles ne se rapprochent pas et pourtant ...

Magnifique récit, je suis sous le charme.


Ma note : *****  9.5/10

Les jolies phrases

Lorsqu'on est au fond du trou, il est difficile d'en sortir si l'on n'a pas de véritable raison de le faire.

Je fuis les gens et pourtant la solitude me pèse, étrange paradoxe.

Un animal sauvage qu'il faut apprivoiser avec patience, un grand animal blessé plus prêt à prendre la fuite et se terrer qu'à mordre ou se jeter sur nous.

Les tristesses, toutes ces vieilles choses, on les balaye de sa mémoire comme le vent les feuilles mortes, mais elles ne disparaissent jamais.  Elles s'entassent dans les recoins telles des araignées et il y a toujours un moment où elles réapparaissent.

On oublie trop souvent que l'absence de malheur est déjà un bonheur à goûter.

Des personnes qui nous sont proches on croit tout savoir, mais on ne sait en fin de compte pas grand-chose de leurs vrais désirs et de leurs pensées.  Toujours loin d'eux en vivant à côté.

On ne sait tout partager, il est des moments où même ceux qui nous sont chers ne peuvent pas grand-chose.  Personne ne souffre jamais pour les mêmes raisons, les souffrances, un jeu de dominos triste...

Pourquoi les gens se sourient-ils si peu dans les métros, dans la rue, dans leur vie précipitée ? Un regard, un sourire, des brèches pour percer tous les murs, pour toucher, pour trouver l'autre.


Du même auteur j'ai lu

Cliquez sur la couverture pour avoir accès à l'article


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lundi 12 février 2018

Ces rêves qu'on piétine Sébastien Spitzer ♥♥♥♥♥

Ces rêves qu'on piétine  -    Sébastien Spitzer

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Les éditions de l'Observatoire
Parution le 23 août 2017
Pages : 304
ISBN : 979-10-329-0071-0


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Par Bundesarchiv, Bild 183-V04744 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 de, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5437633

Présentation de l'éditeur

Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.

Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille.
Elle aurait pu le sauver.
Elle s’appelle Magda Goebbels.

Un premier roman

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L'auteur

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Source livre Hebdo - Pierre Villard

Sébastien Spitzer est journaliste et écrivain.

Journaliste free-lance pour TF1, M6 ou Rolling Stone, il a réalisé plusieurs enquêtes sur le Moyen-Orient, l'Afrique et les États-Unis.

Il est l'auteur de "Ennemis intimes, les Bush, le Brut et Téhéran" en 2006 aux éditions Privé.

Source : Babelio

Mon avis

Quel premier roman magnifique que celui de Sébastien Spitzer.  C'était un de mes premiers achats de la rentrée littéraire et je l'ai enfin sorti de mon immense Pal à l'occasion d'une rencontre au salon de Lire c'est libre à Paris fin janvier.

Sébastien Spitzer s'est arrêté sur les derniers jours de la seconde guerre mondiale et de la fin de la domination des nazis, en particulier sur une femme et pas la moindre car elle était la première dame de la grande Allemagne, j'ai nommé Magda Goebbels.

L'histoire, nous la connaissons, Magda se terre dans le bunker, dernier refuge d'Hitler et de ses proches, elle choisira pour la grandeur de l'Allemagne de supprimer ses enfants à la gloire du pays pour leur éviter le monde qui survivra après le troisième Reich.

En parallèle, les survivants des camps de l'enfer sont sur la route, ils marchent, s'accrochent à leur vie, résistent.  Parmi eux, une petite-fille - Ava - née dans les camps, sauvée par la bienveillance de sa mère Fela qui l'accompagne et surtout par le fait d'une infirmière Stanislava Leszczynska à qui elle doit son prénom.

Ava est dépositaire de cette tragique mémoire, elle s'accrochera à ce qu'il reste de ses rencontres : un rouleau de cuir contenant des témoignages des survivants des camps mais surtout des lettres d'un certain Richard Friedländer, un père raflé parmi les premiers juifs.  Tout aurait pu être différent pour lui si sa fille avait parlé, plutôt que de garder le silence.  Sa fille : Magda Goebbels !

C'est un premier roman magnifique, une fiction fidèle à l'Histoire qui contribue au devoir de mémoire.  Ce livre m'a touchée au plus profond de moi.  Il dégage une charge émotionnelle énorme et suscite pas mal de réflexion quant à la psychologie de Magda.

Comment peut-on condamner ceux qui vous ont forgé ?  Par ambition, pour le paraître ? Qu'est-ce qui pousse Magda à tant d'horreur, de froideur ?  La fidélité à une idéologie ? 

Je me suis posé beaucoup de questions.

Et puis, simultanément à cette noirceur, il y a l'histoire d'Ava, la lumineuse Ava portée par la vie après tant d'horreurs.

J'ai posé le livre à plusieurs reprises en cours de lecture, l'émotion prenant le dessus.  La plume est magnifique, poétique.  Les personnages sont très bien travaillés.  C'est sans conteste une plume à suivre.  Un récit magnifique que je vous conseille vivement.  Laissez vous emporter par ces rêves qu'on piétine.

C'est un coup de

Les jolies phrases

C'est la peur qui fait mal.  La peur que la mort prenne son temps.

La révolution passe par les murs avant de gagner la rue.

La vie c'est la vitesse, le mouvement.  La mort, c'est l'arrêt.

Plonger dans ce bunker.  Se résoudre à la fin et se défaire de tout, tout ce qui avait fait d'elle une grande dame, respectée,exaltée, prise pour modèle par des millions de femmes.  Magda n'aura plus de printemps, ni de villa, ni de jardin, ni de jasmin.

Dénombrer, c'est attirer le "mauvais oeil".  On ne dénombre pas les Juifs.  On ne les désigne pas.  Ils sont.  Ils existent.  Ils vivent. Les chiffres qu'on leur a tatoués sur la peau sont une désignation mortelle, un doigt comptable qui les livre à la mort.  On ne compte pas les Juifs.

Elle lit des heures pour combler ces néants.  Elle en a fait descendre des livres. Des caisses pleines. Pour se soûler de mots, d'autres mots que tous ceux qui l'entourent, que ceux des tables à cartes et du poste radio.  Assoiffée de mots d'amour, de mots de mer, d'océan, de voyages.  Des mots dans tous les sens et d'ailleurs d'où qu'ils soient.  Elle enchaîne les volumes, comme de bons vieux alcools. Elle s'assomme.

C'est bien tout ce qui nous reste, les convictions, quand on n'a plus rien pour convaincre, pour rameuter les autres à soi.

C'est sans doute le propre des grandes civilisations que d'atteindre des sommets dans l'art de faire le mal.

Pas une fille.  Pas sa fille.  Dans ces camps de prisonniers-là, il n'y avait plus de mère, plus d'enfant, jamais de filiation.  L'hérédité comme l'amour étaient proscrits.  Ils n'avaient plus le droit d'être, ces rescapés.

L e dos tourné des survivants est bien plus douloureux que le mal des bourreaux.  L'injustice altère. L'ignominie réduit.  La soumission gangrène.

Elle va bientôt franchir la frontière qui sépare l'homme de l'animal.  L'animal pris au piège se ronge le membre captif. Pas l'homme.  Il attend qu'on le libère. Il peut se laisser mourir.

Ces deux imbéciles peuvent bien jouer les héros, ils sont solubles comme le sucre sur cette table.  Et quand vient la défaite, les héros disparaissent, au profit des héros ennemis. Magda sait qu'il n'y a pas d'Histoire.  Il n'y a que des victoires et des défaites, les récits des vainqueurs et l'oubli des vaincus.  Memento mori. Tout passe.