samedi 19 août 2017

Il est temps de suivre un régime et d'apprendre à voler

Il est temps de suivre un régime et d'apprendre à voler

Michelle Ballanger



Editions Rouergue
mai 2017
288 pages
20,00 €
ISBN
978-2-8126-1277-0

Présentation de l'éditeur

Adam est écrivain public. Tous les après-midi, il écrit pour les habitants de sa petite ville posée au pied des montagnes de Dracula. Des lettres anonymes, des lettres d’amour, des lettres pour ceux qui sont tout près, ou bien ceux qui sont partis en France, partis et jamais oubliés. Dans sa maison où ne vivent plus depuis longtemps sa femme et sa fille, parties et jamais revenues, Adam héberge depuis l’hiver dernier Dragos, vieux, sale, gros et vendeur de poids de son état. Et Adam a finalement peu de temps pour penser à lui-même. C’est une bonne chose. Penser à lui, c’est penser à celles qui lui manquent. Il ne veut pas. Mais alors qu’Adam écrit des lettres en poste restante, des poèmes, des testaments, alors que chacun raconte son histoire et que les mots suivent leur chemin, le moment vient où les forces sont réunies, où les choses sont prêtes à basculer. Oui, il faut parfois vingt ans pour écrire une lettre, mais il est grand temps de suivre un régime et d’apprendre à voler, il est grand temps pour Adam, et pas seulement pour lui.


Avec grâce, avec douceur et légèreté, Michelle Ballanger nous emporte dans un premier roman aussi chatoyant que le chapeau d’un magicien dont sortiraient un jeune homme qui tricote des écharpes, une femme qui a bien vécu de l’amour des hommes, une princesse qui fait la manche, et bien d’autres encore, chacun avec sa vie glissée dans celle des autres.


C'est notre LC avec Julie

Mon avis

Une couverture magnifique et un titre en apparence léger pour un premier roman adulte proposé par Michelle Ballanger.

Nous sommes en Roumanie, en Transylvannie au pied de la montagne Dracula.

Adam est professeur de français mais aussi écrivain public.

Les après-midis, les gens défilent et il écrit des lettres qu'ils classent dans des fardes de couleur en fonction du thème des courriers.  Il aime coordonner son pull à la couleur de la lettre : lettres anonymes, lettres d'amour, testaments, poèmes ...

Adam vivait seul depuis le départ de sa femme et de sa fille en France, en 1984.  Depuis l'an dernier il a accueilli Dragos, un vendeur de poids, vieux, sale.   Dragos et les lettres lui permettent d'oublier sa solitude et celles qui l'ont quitté.

Au fil des lettres, nous découvrons des personnages parfois hauts en couleur qui vont animer sa vie. Peu à peu, les vies se glissent les unes dans les autres, se tissent des liens.

Natacha une petite princesse gitane et Corneliu, un tricoteur d'écharpes multicolores vont changer un peu le cours de sa vie. Il y a aussi Stella, la vendeuse d'amour, Victor et son héritage, Gheorge qui voudrait récupérer sa femme partie en France.


A travers ces vies et ces personnages nous découvrirons en filigrane l'histoire de la Roumanie, le régime de Ceaucescu, les premières élections, les privations et le changement.

Nous sommes en 2008, il faut parfois du temps pour comprendre les choses, pour faire éclater une rancoeur et enfin réagir.

Un très beau roman qui nous est présenté de façon originale par le biais de ces échanges épistolaires.  Il se compose de trois parties : "Les bagages" - "Les voyages"  et "Aller-retour".

Un récit qui permet de comprendre l'envie de vivre ailleurs, l'espoir d'une vie meilleure.  La vie des gitans aussi est traitée et nous donne un autre regard sur cette communauté. Des femmes qui prennent leur destin en main.


Une belle pioche pour notre lecture commune avec Julie des "Petites lectures de Scarlett"

Ma note :  8.5/10


L'avis de Julie se trouve ici  



Les jolies phrases

Adam se dit que c'est l'odeur qui montre la misère, bien plus que les vêtements et les bijoux en toc.

On ne tue pas la honte en la refilant à quelqu'un. Ça marche pas.
- On fait comment alors ?
- On la tue en la nommant.  On la regarde dans les yeux et on lui dit ses quatre vérités.  Y a pas d'autres solutions.  Après ce n'est plus elle qui est la plus forte.  On ne tue pas la honte avec une lettre anonyme.

L'important c'est le silence et le souffle.  Pas besoin de mots pour le désir.  C'est le mouvement qui met ensemble les corps qui compte. Je connais quelques mots, je peux vous les confier mais il faudra écrire le mouvement et ça je ne sais pas le dire.  Le faire oui.  Pas le dire.  Je montre avec mon corps.  J'ai toujours fait les deux ensemble. C'est ainsi le désir.  Une danse.  Je peux vous dire et vous montrer. Mais vous ferez les phrases.

Dans le bleu nu des yeux de Dragos, Adam ne voit plus que l'infini chagrin qui s'y est logé.  Un chagrin comme une pierre qui empêche de voir quoi que ce soit d'autre, qui prend toute la place et ne laisse rien passer autour de lui.

On ne peut pas changer la couleur des yeux de quelqu'un, on ne peut pas non plus se retenir au bord d'un regard. On est forcer d'y plonger.  Au moins pour un moment.  On est forcé d'être touché.  Adam se dit qu'il lui était plus aisé de vivre de l'odeur de Dragos qu'avec le regard de Dragos.  Mais qu'à cela ne tienne, il apprendra.  Tout s'apprend.




vendredi 18 août 2017

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

Un petit article avant les tentations nombreuses de la rentrée littéraire.  Trois entrées dans ma PAL cette quinzaine :


Un de la rentrée grâce aux Editions Grasset et Net Galley que je remercie.  J'ai hâte de la découvrir :

Le jour d'avant   -   Sorj   Chalandon

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Grasset
Parution : 16/08/2017
Pages : 336
EAN : 9782246813804
Prix : 20.90 €

Présentation de l'éditeur

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.


Didier van Cauwelaert est un de mes auteurs favoris, après Jules il me semblait évident d'acquérir celui-ci

Le retour de Jules    -   Didier van Cauwelaert

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Albin Michel
Parution : 03 mai 2017
Pages : 176
EAN13 : 9782226398932
Prix : 16.50 €

Présentation de l'éditeur

« Guide d’aveugle au chômage depuis qu’Alice a recouvré la vue, Jules s’est reconverti en chien d’assistance pour épileptiques. Il a retrouvé sa fierté, sa raison de vivre. Il est même tombé amoureux de Victoire, une collègue de travail. Et voilà que, pour une raison aberrante, les pouvoirs publics le condamnent à mort. Alice et moi n’avons pas réussi à protéger notre couple ; il nous reste vingt-quatre heures pour sauver notre chien. »

Le suivant me tente depuis un moment et je ne vois passer que des avis positifs alors j'ai craqué.

La tresse     -   Laetitia Colombani

La tresse

Grasset
Parution : 10/05/2017
Pages : 224
EAN : 9782246813880
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

mercredi 16 août 2017

Encore vivant - Pierre Souchon

Encore vivant       -   Pierre Souchon


Rouergue
La Brune
août 2017
288 pages
19,80 €
ISBN
978-2-8126-1434-7


Présentation de l'éditeur


Alors qu’il vient de se marier avec une jeune femme de la grande bourgeoisie, l’auteur, bipolaire en grave crise maniaco-dépressive, est emmené en hôpital psychiatrique. Enfermé une nouvelle fois, il nous plonge au cœur de l’humanité de chacun, et son regard se porte avec la même acuité sur les internés, sur le monde paysan dont il est issu ou sur le milieu de la grande bourgeoisie auquel il se frotte. Il est rare de lire des pages aussi fortes sur la maladie psychiatrique, vue de l’intérieur de celui qui la vit. Ce récit autobiographique est le premier livre publié par Pierre Souchon, journaliste au Monde diplomatique et à L’Humanité.

Mon avis

C'est réfugié sur une statue de Jaurès que Pierre est emmené pour l'Hôpital Psychiatrique, un endroit qu'il connaît malheureusement trop bien car il y avait fait un séjour lorsqu'il avait 20 ans.

A l'époque, il avait été diagnostiqué bi-polaire.

Pierre n'a aucune envie d'être là, il ne comprend d'ailleurs pas pourquoi il s'y trouve entouré de paranos, d'alcooliques, de toutes ses vies délitées, de cette misère humaine ..

Tout allait pourtant bien pour lui, il avait remonté la pente, était devenu journaliste, s'était marié à Garance, une fille de la grande bourgeoisie, lui; le fils de la terre, le paysan d'Ardèche.

Tout allait bien, il était stable et le toubib l'avait progressivement libéré de son traitement.  On n'a rien vu venir et une grosse rechute, une phase maniaco-dépressive avant d'en arriver là.

Pierre est un révolté social, attaché à ses origines, une famille pauvre de paysans de Serre de Barre, se retrouvant dans sa belle-famille riche, il va péter un câble et tout rejeter.

Il a la rage en lui, il se livre à nous, se met à nu pour nous faire vivre l'intérieur de sa maladie, sa bipolarité.  Il nous décrit avec humour souvent, sur un ton vif son quotidien mais aussi sa rage d'être toujours comme l'épiphyte du parc, le chêne vert sur le séquoia : SEQUOIA SEMPERVIRENS :  encore vivant !

Il nous parle abondamment de la lutte des classes, de la guerre sociale qu'il a fait sienne.  Ce n'est pas pour rien qu'il s'est réfugié sur la statue de Jaurès..

Les entretiens avec son père sont très touchants, il nous parle de l'histoire des paysans en train de mourir, des châtaigniers, des sangliers , de la nature beaucoup, mais aussi de ses ancêtres soldats de guerre du vingtième.

Il nous fait comprendre l'ambivalence existante entre la prise de conscience et le besoin de traitement et sa reconstruction mais aussi le rejet de l'institution psychiatrique.  Il attire l'attention sur l'étiquette que l'on colle ou le regard que l'on porte en général sur les maladies psychiatriques que l'on stigmatise.

C'est fort, c'est prenant, un premier récit autobiographique qui secoue et que je vous recommande.

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

C'était terrible, d'être passé du côté d'une drôle de barrière dont on n'avait même jamais songé qu'elle existait.  La barrière des fous.  Celle qui nous séparait des autres, les normaux, eux dont la vie était belle.

Ca veut dire que si tu es toi-même, si tu exprimes vraiment ce que tu as en toi, ce que tu sens, tes projets, tes énergies, ben ça peut changer le monde.  Je crois vraiment qu'il faut d'abord commencer par soi avant de penser à changer le reste.  Si on n'arrive pas à se changer soi-même, à être soi-même, on ne peut pas avoir des projets pour des autres.

Parce que toi, et vous tous, ici les déchirés, vous la tenez trop serrée entre vos mains brisées, vous la portez, l'humanité.

L'urgence, c'est de travailler mieux plutôt que de travailler plus.

...  -Acceptez votre maladie, et ce qu'elle implique.
- Mais, c'est justement là que ça ne va pas, madame Ducis.  Je me suis entièrement construit sur l'inverse, c'est-à-dire contre l'acceptation.  Quand on milite, c'est pour changer les choses. Donc ça suppose qu'on croie au changement, à la possibilité de la trsnformation, et qu'on ne fige rien en l'état.  Qu'est-ce qu'on fait avec l'ordre social ?  On l'accepte ?  Je le vomis, l'ordre social.  Donc je me bats pour le transformer.

L'amour de ton fils comme refuge, la seule chose que ton mari ne pouvait pas te voler.  Il avait tout pris.


challenge rentrée littéraire 2017

mardi 15 août 2017

L'adieu à la femme rouge - Vénus Khoury-Ghata

L'adieu à la femme rouge

Vénus Khoury-Ghata





















Mercure de France
176 pages
Collection Bleue
Parution : 04-05-2017
ISBN : 978-2-7152-4581-5
Prix : 16.80 €


Présentation de l'éditeur

Le photographe ne voyait que la mère qui lavait ses cheveux rouges puis les nattait sous l'œil de verre qui suivait ses bras nus levés haut pour fixer la masse de tresses au sommet du crâne. Clic clac malgré les regards désapprobateurs des voisins. Ne voyait qu'elle et ses cheveux mélangés à l'argile rouge. La boîte noire retombée sur la poitrine de l'homme, la mère n'aurait pas dû sourire mais rentrer chez elle, refermer sa porte, dérouler sa natte.

Après le passage d'un photographe occidental, la femme aux cheveux rouges disparaît brutalement de la palmeraie où elle vivait, laissant derrière elle ses deux enfants bouleversés. Le mari et les enfants suivront les traces de la mère de ville en ville, et la retrouveront des mois plus tard sur les murs de Séville, devenue top model célèbre grâce au photographe. Ascension rapide suivie d'une chute brutale : l'engouement de l'Occident pour l'étrangère est de courte durée ; les mannequins noirs ne sont plus à la mode, remplacés par les Slaves éthérées... Misère et maladie rattrapent la reine d'hier.
Avec son incroyable talent de romancière, Vénus Khoury-Ghata nous entraîne dans les rues et les faubourgs de Séville, et livre un roman tragique et drôle sur l'exil, la famille et la condition des migrants.


L'autrice

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photo Catherine Hélie / Editions Gallimard

Romancière et poète, Vénus Khoury-Ghata est l’auteur d’une œuvre importante, dont Le Moine, l’Ottoman et la Femme du Grand Argentier (Prix Baie des Anges 2003), La Maison aux orties et Quelle est la nuit parmi les nuits, Les Obscurucis. Au Mercure de France, elle a publié Sept Pierres pour la femme adultère et La fille qui marchait dans le désert. Elle a reçu le Grand prix de poésie de l'Académie française 2009 pour l'ensemble de son oeuvre poétique et le Goncourt de la poésie 2011.


Elle nous présente son roman :





Mon avis

Elle vient d'un pays d'Afrique.  Elle vit là-bas dans la palmeraie avec son mari et ses deux enfants; les jumeaux Zina et Zeit.  Elle travaille l'argile rouge avec ses mains et en enduit ses cheveux et son corps qui prennent la couleur rouge.

Un jour, un homme blanc aux cheveux jaunes vient photographier le désert.  Il la voit et envoûté prend des photos d'elle jusqu'à la nuit tombante.  Pour la première fois de sa vie, elle se sent exister, vivre.  

Elle partira, suivra l'homme aux cheveux jaunes en Europe pour vivre son destin.

Le mari et les enfants vont entreprendre le grand voyage pour la retrouver et la ramener au pays. Six mois de désert jusqu'à Tarifa, trois mois de plus pour arriver à Séville.

En arrivant, ils découvrent sa photo partout sur les murs de Séville.  

Avec l'aide de Baobab, un africain migrant, ils vont prendre contact avec le photographe pour retrouver sa trace et renouer le contact.

Choqué par sa nudité dévoilée, le père avec l'aide de Baobab, passeront leurs nuits à habiller le corps de sa bien aimée.

Mais les codes changent, la couleur de peau des mannequins aussi et du jour au lendemain, tout bascule.  Elle, adulée hier, posera pour des pubs de produits ménagers, elle ira même jusqu'à se mutiler pour rendre une plus grande authenticité de son image, au détriment de sa santé.

Père et enfants ont migré dans l'espoir de la ramener à la maison, mais arrivés sur place il faudra déchanter car au pays elle serait lapidée, répudiée.  Ils vont donc survivre avec d'autres migrants trouvant par-ci par-là de petits jobs pour être là où elle se trouve.

Zina, mendiante est attirée par la foi.  Zeit prendra lui peu à peu la place qu'occupait sa mère sur les murs de la ville en y faisant des graffitis....un autre destin l'attend.

Une femme jouera un rôle important auprès de la famille et des enfants : Amalia.

Il y a beaucoup de choses à dire dans et sur ce magnifique récit : un autre regard sur les migrants, la notion de racisme, la force de l'amour du mari ...  mais je ne veux pas vous gâcher le plaisir de la lecture.

Enormément de jolies phrases relevées car l'écriture de Vénus Khoury-Ghata est somptueuse.  Le phrasé est particulier, très sensuel, très poétique.  C'est un peu comme un conte oriental à l'écriture ciselée.  Une plume magnifique que je vous recommande très particulièrement.

Ma note :  un immense coup de ♥

Les jolies phrases

Elles sont nombreuses, présentes à toutes les pages, en voici quelques unes....

Rien de précis dans tout ce qu'il dit.  L'homme qui a atterri sur leur trottoir est de la race des escargots.  Il se retire dans sa coquille pour ne pas se livrer et ce n'est pas la bave laissée derrière lui qui va expliquer ses motivations.

Elle parle de lui au passé, à l'imparfait comme s'il était mort alors qu'il respire derrière la mince cloison qui les sépare.

A-t-on besoin d'écrire quand on sait parler ?  L'écriture n'est utile qu'aux muets.  Personne n'écrivait au ksar, tous parlaient mais avec d'autres mots.  Ceux qu'il entend sont plus longs, plus étroits, ont d'autres sons.  Zeit a beau les tordre dans un sens puis dans un autre, ils ne sont pas faits pour sa bouche.

Son explication est simple : ces gens veulent nous rabaisser.  La race blanche se venge.  Revanche des incolores sur les colorés.

Elle s'interdit tout sentiment, toute émotion, ne demande rien à personne, ne cherche pas à revoir ses jumeaux qu'elle sait dans la même ville.  Elle a échoué à faire d'eux de vrais enfants et ils ont échoué à faire d'elle une vraie mère.  Culpabilité partagée.  Ils sont quittes.  Inéluctable la séparation.

Désirée hier, rejetée aujourd'hui.  Elle voulait avoir un destin, devenir un personnage.  Le sort en a décidé autrement.  La mode aussi.  Les africaines remplacées par les lituanniennes, les slovènes éthérées, les sombres passées de mode.

L'art ignore les races et les appartenances.  Même planète pour tous, les frontières, les barbelés, une invention d'hommes à l'étroit dans leur imagination.

Il a besoin d'avoir peur pour créer, la quiétude ne vaut rien pour l'artiste.


dimanche 13 août 2017

Les thermes du Paradis - Akli Tadjer

Les thermes du Paradis

Akli Tadjer







JC LATTES
EAN : 9782709638166
Parution : 26/02/2014
314 pages
18.00 €

Présentation de l'éditeur

Adèle Reverdy est une jeune femme pleine de complexes et, pour comble de malheur, les hommes la fuient dès qu’elle avoue son métier de croque-morts.

Mais sa vie va changer le jour de ses trente ans. Parmi les invités venus à la fête organisée par sa sœur, il y a Léo, ancien trapéziste devenu aveugle à la suite d’un accident puis masseur aux Thermes du Paradis. Un soleil noir dans la vie d’Adèle qui, aidée de sa meilleure amie Leila, talentueuse thanatopractrice, va tout faire pour conquérir le cœur de Léo.

Un roman plein d’humour et de tendresse où l’on découvre que l’on ne voit bien qu’avec le cœur et que l’essentiel est invisible pour les yeux.

Mon avis

Adèle Breguet est croque-mort, un drôle de métier me direz-vous pour une femme de 30 ans.  Drôle de métier, oui mais elle l'assume et l'aime.

Adèle va fêter son anniversaire et sa soeur Rose désespère de la voir heureuse, de la voir vivre une vie amoureuse normale car oui, Adèle est célibataire.  Vous pensez bien que ce n'est pas simple pour elle d'annoncer sa profession, chaque prétendant fuit lorsqu'il l'apprend...

Claire partage son appartement avec Leila qui exerce elle un autre métier pas facile, elle est thanatopractrice.  Thanato quoi ?  Elle est esthéticienne dit-elle quand on lui demande sa profession , oui mais une esthéticienne un peu particulière, elle rend un visage humain à ceux qui sont morts.
Beaucoup plus sûre d'elle, elle a des aventures amoureuses et souhaiterait que sa copine en vive aussi.

Le problème de Claire, c'est son manque de confiance en elle et sa multitude de complexes.

Le soir de son anniversaire, elle va enfin connaître le coup de foudre, il se nomme Léo, il est masseur aux thermes du Paradis.  C'est un beau black, magnifique, il était trapéziste et a malheureusement perdu la vue suite à un accident.  Adèle est sous le charme, oublie ses complexes et est prête à tout pour conquérir le coeur de Léo.

C'est une histoire d'amour que nous propose Akli Tadjer qui avec beaucoup d'humour, de sensibilité mais aussi de dérision nous présente des personnages attachants.  Le style est fluide, c'est rempli de vie (ben oui, il n'y a pas que des morts même si le sujet est omniprésent).  Avec beaucoup de tendresse, de délicatesse, il nous fait découvrir les failles des protagonistes.  Une Adèle emplie de générosité, de bienveillance.

J'ai vraiment passé un super moment de détente pour un roman d'apparence léger mais en réalité pas tant que cela. En filigrane de vraies questions sur le regard des autres, sur ce qui pourrait changer une vie.


Ma note : 9/10



Les jolies phrases

Hélas, ma soeur a cent fois raison : une vie amoureuse sans feu ni affection suffirait à me donner l'illusion de ne plus être un corps mort.

Devenir aveugle, c'est ne plus pouvoir se regarder dans la glace, ne plus savoir si on est beau ou laid, c'est être dans le vide absolu puisque plus rien n'arrête votre regard. Devenir aveugle, c'est être dans le vide absolu puisque plus rien n'arrête votre regard.  Devenir aveugle, c'est ne plus pouvoir déceler dans les yeux de sa mère une émotion, un sourire, une tristesse, une larme.  Devenir aveugle, c'est perdre un à un tous ses amis mais c'est surtout perdre celle qu'il avait aimée et, au final, c'est vivre dans la plus haute des solitudes.


J'ai aussi aimé :

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