lundi 28 septembre 2015

Prête à tout Joyce Maynard

Prête à tout

Joyce Maynard




Philippe Rey
Date de parution : 07/05/2015
ISBN : 978-2-84876-463-4
Format : 14,5 x 22 cm
Pages : 339
Prix : 20.00 €


L'avis de l'éditeur

Jeune, belle, mariée à un homme qui la vénère, installée dans une jolie maison, Suzanne Stone ressemble à ces filles trop parfaites des magazines. Mais elle veut davantage, elle veut la célébrité.

Isolée dans une petite ville de province, Suzanne décide que la télévision sera son royaume et, à force de persuasion, obtient un petit poste dans la station locale.

Quand son époux est retrouvé mort, la veuve éplorée, point de mire des caméras, devient rapidement suspecte. Alternant les témoignages, le roman tisse avec brio les voix de Suzanne et de son entourage. Énigmatique, capricieuse, la jeune femme est-elle pour autant l'arriviste perverse que certains dénoncent ? Où est le vrai dans ce que raconte Jimmy, son admirateur adolescent ? Jusqu"où est-elle disposée à aller pour atteindre cette renommée si convoitée ?

Admirablement construit, Prête à tout est une satire acérée de la culture de la célébrité et de l'omniprésence de la télévision, tout autant qu"un passionnant roman noir.

Mon avis


Suzanne depuis toute petite a un objectif : devenir une vedette de la télévision, goûter à la célébrité.

Elle est ambitieuse, capricieuse, voue un culte au paraître, et l'image qu'elle reflète est importante pour les autres, comme elle aime le dire "il ne faut pas oublier que la première impression est importante".
Considérée par ses parents comme la huitième merveille du monde, obtenant ce qu'elle désire depuis toujours (jusqu'à s'être fait refaire le nez), c'est une sacrée personnalité.

Elle a tout pour être heureuse. Elle a 25 ans, un mari fou d'amour qui lui passe tous ses caprices, elle est choyée  mais pas comblée.  Non, pour que son bonheur soit complet, il lui manque la célébrité et elle est prête à tout pour y arriver.

Nous sommes dans les années nonante, dans un village de l'Amérique profonde. Suzanne accepte un job de secrétaire dans une télé locale avec de petites apparitions à l'écran.  Elle propose de réaliser un documentaire sur la vie des ados, leurs besoins, leurs aspirations.  Pour se faire elle côtoyera assidûment trois ados d'un milieu social défavorisé pour qui elle représente  l'inaccessible. 

Jimmy, 15 ans, fils d'un pêcheur de palourdes, tombe littéralement sous le charme, ado en chaleur, fou d'amour, guidé par son sexe, il sera sous son emprise.

Lydia, mal dans sa peau, grosse, boutonneuse trouve enfin une amie qui l'écoute, quelqu'un qui la regarde et partage des choses avec elle.  Russel les accompagnera, plus en suiveur.

Manipulatrice, froide, calculatrice, il n'en faudra pas plus pour que ces jeunes soient sous la coupe de Suzanne et fassent tout pour conserver son amour ou son amitié., 

Larry, le mari de Suzanne sera retrouvé mort suite à ce qui ressemble à un cambriolage.  Que s'est-il passé ?  Où se trouve la vérité ?

La plume de Joyce Maynard est vraiment remarquable, elle nous plonge ici dans un récit qu'on peut qualifier de thriller tant la tension monte au fil des pages, l'atmosphère s'alourdit...  Elle décrit à merveille la société américaine.  Un livre écrit en 1990 suite à un fait divers : l'affaire Pamela Smart , un premier procès télévisé à l'époque.

  


Un roman au goût un peu vintage, n'oubliez pas qu'à l'époque pas de téléréalité, pas d'internet...

La recherche et l'accomplissement de son rêve, la célébrité c'est ce qui fait courir Suzanne.  Mais qui est-elle vraiment ?

L'épouse modèle, attentionnée, heureuse et amoureuse en quête de réalisation de soi ? ou la salope, l'allumeuse, prétentieuse, hautaine, froide, arriviste, ambitieuse prête à tout pour y arriver ?

L'originalité de l'écrit réside dans ce roman choral  dans lequel une multitude d'individus vont prendre la parole, un récit témoignage.  Chacun utilise la première personne et dans de très courts chapitres nous décrit sa perception de la personnalité de Suzanne, nous livre sa version des faits.

Le rythme est parfait.  La lecture addictive même si j'avoue avoir ressenti une baisse de régime et quelques longueurs dans le dernier tiers.   Une bonne lecture commune improvisée par les lecteurs belges compulsifs.

Ma note : 9.5/10


Voici l'avis des copines : Plume de Cajou, Nathalie, La fée lit et Clara et les mots


Les jolies phrases

Il suffit parfois de la considération d'une seule personne pour transformer la vie d'une autre personne.

Les filles mignonnes, les plus jolies, ce ne sont jamais les meilleures à long terme.  Trouve-toi plutôt une femme auprès de laquelle tu pourras vieillir.

C'est pas parce que le paquet est beau, que le cadeau à l'intérieur est super.

Il faut faire ressortir les aspects positifs.  Je pense que chaque expérience dans la vie peut vous apporter quelque chose.

C'est pas parce que vous soufflez toutes les bougies sur votre gâteau d'anniversaire que votre voeu va se réaliser.

Si vous visez trop haut, ça fait encore plus mal quand vous retombez




La presse en parle


Publié la première fois aux États-Unis en 1992, avant l’ère de la célébrité fabriquée, l’engouement pour les procès télévisés et la multiplication des séries policières, ce roman de Joyce Maynard fut adapté à l’écran par Gus Van Sant, avec Nicole Kidman dans le rôle de Suzanne.

« Un irrésistible page turner. » The New York Times Book Review

« Un triomphe. » The Boston Globe

« Un roman puissant sur le meurtre et l’obsession… Glaçant. » The Star-Ledger

« Joyce Maynard brouille les pistes dans ce roman noir saisissant qui se lit aussi comme une satire vitriolée de notre société fascinée par la célébrité. »Stylist

« À la fois roman noir et satire d'une société pervertie par la gloire éphémère qu'offre à certains le petit écran et pour laquelle ils seraient prêts à tout, ce véritable "page turner" ravira à la fois les amateurs de polars que de critiques sociales. » La République de Seine-et-Marne

« Ce roman vibre entre les mains, s'enfonce dans une tragédie aux odeurs de sauce carbonara, de vautre dans des relents de draps souillés. Avec ses phrases en 220 volts, Maynard cerne sa Suzanne en quelques mots : "Un jour, j'étais tellement absorbée par mes pensées que j'ai oublié de me retourner sous la lampe à bronzer." Pauvre Suzie. » Le Figaro

« Une belle "salope sincère" comme dirait Godard. » Grazia

« Dans cette Amérique-là, le cocktail d'ambition, de sexe et de violence se révèle particulièrement explosif. Surtout quand on veut passer à la télé. » Les Echos

« Magistral.» Elle

« Terriblement d'actualité » L'Alsace

« Un conseil: ne le commencez pas le soir , car vous ne pourrez pas le lâcher avant de l'avoir terminé. » D. L., Femme actuelle

« Joyce Maynard a eu l'idée géniale de transformer la commanditaire du meurtre en journaliste aux dents longues, pour signer un grand roman sur l'ambition et l'anthropophagie qu'elle implique. » M. L., Télérama

« Délicieusement subversif », F. M., Le progrès

« A la manière d'un reportage, le témoignage alterné des protagonistes et de Suzanne elle-même, dessine progressivement la personnalité obsessionnelle de cette jeune femme ambitieuse et manipulatrice, trop parfaite pour ce monde merdique, qui se métamorphosera en vedette macabre de la machination qu'elle a inventée.» L'Obs

dimanche 27 septembre 2015

Ils ont rejoint ma montagne à lire



Des achats et des cadeaux cette semaine dans ma boîte.

Tout d'abord un livre voyageur gracieusement envoyé par son auteur.

Quand les ânes de la colline sont devenus barbus

John Henry


Diagonale
mars 2015
188 pages
prix conseillé 16.50 euros
ISBN 978-2-9601321-2
E-BOOK via Librel c'est ici 9.99 euros

Quatrième de couverture


J’avais glissé une photo de Jackie Kennedy dans la poche de mon pantalon et le soir je la posais sous mon oreiller et je dansais, dansais jusqu’à en devenir ivre. Mes sœurs disaient : on est si fières de toi, Jack, tu deviendras le plus fortuné et le plus beau de la colline. (…) Le sol tournait et mes sœurs riaient fiévreusement et soudain il n’y avait plus de problèmes, il n’y avait jamais eu aucun problème et il n’y aurait jamais plus d’obstacle dans nos vies, je voulais que ce moment demeure éternel, dans la jouissance naïve de l’instant, que demain mes sœurs et moi nous sortions acheter de beaux vêtements et que nous vendions ensemble des œufs en étoile, aux carrefours de la ville. (…)

-Un jour vous marcherez dans la rue avec moi, le visage découvert et nous danserons jusqu’à devenir fous.

-Tu sais que ce n’est pas possible…

-Il nous faudrait quitter l’Afghanistan.


John Henry, Quand les ânes de la colline sont devenus barbus,

éditions diagonale, mars 2015

Dans une langue tendre et poétique, l’auteur nous livre une aventure hors du commun, inspirée de faits réels, et signe un premier roman vibrant, percutant.

A cause de la folie des hommes, Jack de Kaboul épouse une vie paradoxale, tissée sur le fil. Résister jusqu’à embrasser une double vie, forcer le destin et s’enfuir, tel est le prix de la liberté pour certains enfants d’Afghanistan.


Je remercie chaleureusement John Henry pour ce joli cadeau, ce sera ma prochaine lecture.  Ce livre est un livre voyageur, si vous êtes intéressée de le lire contre un avis, n'hésitez pas contactez-moi . Quoi de plus sympa de continuer cette chaîne.


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De la chance avec mon partenaire Babelio  
et deux découvertes de la rentrée littéraire.

Le renversement des pôles

Nathalie Côte

A propos de Nathalie Côte

Flammarion
  • Parution:19/08/2015
    Format:13.5x20.9x1.5 cm
    Prix:16,00 €
    EAN:9782081370548
  • E book  11.99 euros via Librel

Quatrième de couverture


  • Le renversement des pôles Couple : deux personnes de la même espèce considérées ensemble. Couples en vacances avec enfants : spécimen d'un genre particulier qui attend l'été avec impatience mais qui risque fort de finir la tête dans le sable. Les Bourdon et les Laforêt ont loué deux appartements voisins dans une résidence avec piscine en bord de mer. Chacun est arrivé avec la même envie : consacrer ce temps béni aux enfants, au repos, aux projets. Et tous sont rattrapés par leurs obsessions propres : fuir un mari ennuyeux, gagner vite plus d'argent, faire oublier qu'on a pris dix kilos, faire semblant que tout va bien. Passée l'euphorie de l'échappée belle, ils ne tarderont pas à découvrir que changer de vie a un prix, que la liberté exige du souffle et qu'elle ne s'achète jamais à bon compte. Avec un humour acide et une implacable clairvoyance, Nathalie Côte se fait entomologiste de la classe moyenne et pavillonnaire. En filigrane, elle dénonce le monde du travail, véritable machine à tuer, et le monde matérialiste, qui propose vainement de se consoler en consommant à crédit. On regarde ces personnages ni aimables ni détestables se débattre et renoncer. On les regarde, en espérant ne pas leur ressembler.
Un premier roman à découvrir.

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Je vais également recevoir le nouveau roman de mon compatriote Jean-Philippe Toussaint.

Football
Jean-Philippe Toussaint


Les éditions de Minuit
Parution : 24/09/2015
128 p.
12,50 €
ISBN : 9782707328984
E book via Librel 8.99 euros

Quatrième de couverture


Jamais, comme pendant la Coupe du monde au Japon en 2002, je n’ai éprouvé une aussi parfaite concordance des temps, où le temps du football, rassurant et abstrait, s’était, pendant un mois, non pas substitué, mais glissé, fondu dans la gangue plus vaste du temps véritable. C’est peut-être là l’enjeu secret de ces lignes, essayer de transformer le football, sa matière vulgaire, grossière et périssable, en une forme immuable, liée aux saisons, à la mélancolie, au temps et à l’enfance.~

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Deux tentations en bd's cette fois.  La première je l'attendais avec impatience. Mon avis sur le début de cette série se trouve ici et 

La guerre des Lulus  1916

Le tas de brique

Régis Hautière et Hardoc


Casterman
Hardoc et Régis Hautière
64 pages
Parution 16/09/2015
Prix conseillé : 13.95 euros
ISBN : 2203087722
Série en cours

Quatrième de couverture

1916. Encore une année qui passe. A cet âge, une année c'est presque une vie. Orphelins, laissés à leur propre destin dans un monde entré en guerre, les Lulus poursuivent leur chemin de survie....

Avec la mort de Hans, leur monde a basculé brutalement dans la réalité de cette guerre qu'ils évitaient si bien.  S'enfonçant dans la forêt, ils découvrent une cabane qui se présente comme un nouveau signe d'espoir...


Je vous en parle très vite car je n'ai pu résister et suis déjà en cours de lecture.  ~

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Pour terminer cette semaine une autre tentation :

Les beaux étés
1. Cap au sud !

Zidrou et Jordi Lafebre



Dargaud
Dessinateur : LAFEBRE JORDI
Scénariste : ZIDROU
Coloriste : LAFEBRE JORDI
Parution 04/09/2015
56 pages
Isbn : 978-2-5050-6198-4
Prix conseillé : 13.99 euros

Avis de l'éditeur


Août 1973. Zidrou et Lafebre nous font une place dans la 4L rouge Esterel de la famille Faldérault : entre les parents et les 4 enfants, nous voici en route vers le Midi pour de "beaux étés" ! Chaque année, les mêmes rituels : Pierre, le père, rend ses planches de B.D. en retard, les chansons de vacances, l'étape pique-nique... Un mois pour oublier le quotidien, le couple qui bat de l'aile, Tante Lili malade. Des souvenirs à engranger qui font que la vie est plus belle, des moments précieux pour se rappeler l'essentiel. Cap au sud !


lundi 21 septembre 2015

Eva Simon Liberati

EVA

Simon Liberati



Edition Stock
Collection : La bleue
Parution : 19/08/2015
288 pages
Format : 135 x 215 mm
EAN : 9782234077294
Prix: 19.50 €
Ebook 13.99 euros ici


Avis de l'éditeur


Un soir de l’hiver 1979, quelque part dans Paris, j’ai croisé une femme de treize ans dont la réputation était alors « terrible ».

Vingt-cinq ans plus tard, elle m’inspira mon premier roman sans que je ne sache plus rien d’elle qu’une photo de aparazzi. Bien plus tard encore, c’est elle qui me retrouva à un détour de ma vie où je m’étais égaré.

C’est elle la petite fée surgie de l’arrière monde qui m’a sauvé du labyrinthe et redonné une dernière fois l’élan d’aimer.

Par extraordinaire elle s’appelle Eva, ce livre est son éloge.

Simon Liberati

L'auteur nous en parle



Mon avis

Dans les années 70, Eva Ionesco était "l'objet" de sa mère Eva Ionesco photographe, son modèle dont elle a tiré le portrait et le reste huit années durant.  De l'âge de quatre à douze ans, cette Lolita des seventies a dû poser pour sa mère dans des mises en scène morbides, dans des positions dénudées et pornographiques.  Cette fée enfant abîmée par sa mère fascine littéralement Simon Liberati.
Il l'avait rencontré furtivement lorsqu'elle était âgée de 12 ans.  Elle fut vingt-cinq ans plus tard, la "Marina" de son premier roman, "une petite fille perdue".

Hasard ou coïncidence , trente-cinq ans après leur première rencontre, ils se croisent lors d'une soirée parisienne et se "trouvent".  Ils sont faits l'un pour l'autre, Simon en est rapidement convaincu.

Eva devient sa muse, pour elle il est prêt à quitter son premier amour, la littérature qui compte pourtant plus que tout.  Comment ?  En écrivant Eva, la double Eva : la femme-enfant blessée avec un destin hors du commun  mais aussi Eva pleine de grâce et de pureté, son inspiration.

Il écrira son passé en se basant sur des photos, des courriers, c'est ainsi qu'il fera parler Eva.  Il écrira une "élégie" l'éloge oisif de sa jeunesse en perdition, la drogue, l'alcool, la prostitution, les pensées suicidaires, un destin hors du commun.

Pour la forme et le plaisir de la lecture je suis partagée, on parle d'un incontournable de la rentrée, une chose est certaine il divise. Beaucoup d'avis sont soit dithyrambiques, remplis de louanges et d'autres sont assassins et détestent.

Pour ma part, j'avoue avoir eu du mal à lire ce court récit, je me suis accrochée, j'ai lu par moment à voix haute et mon sentiment est partagé.

Je n'ai pas aimé cet étalage de culture superfétatoire à mon goût.  L'auteur aime à regarder son nombril, il est égocentrique, il ramène tout à lui avec un parisianisme un peu pédant, prétentieux. Je me suis souvent perdue dans les méandres de sa pensée, ne voyant pas toujours l'intérêt d'où il voulait m'emmener. C'était un peu trop décousu à mon goût.

Par contre certains passages m'ont happée grâce à l'écriture riche, raffinée, remplie de finesse et de subtilité.

Merci à l'éditeur pour cette découverte.

Ma note à l'image de ma critique mi figue-mi raison 5.5/10:

Les jolies phrases

L'ancien paraissait suivre le nouveau, la ruine précéder la construction.

Eva ramène par sa seule présence tout ce qui l'entoure à la candeur audacieuse et cruelle de l'enfance, elle qui s'est vue tant de fois abusée tente aujourd'hui d'abuser à sa manière des autres.

... les fracassantes surprises que donne la vie sont précédées d'un mauvais avant-goût, d'une tension préalable.  L'amour naît dans la souffrance.

Au début d'un amour on fait des choses qu'on ne refera plus.

C'était un plongeon de l'être dans l'être que seul l'art permet quand il se mêle d'épouser la vie.

Tout se passait comme si nous avions décidé de commencer par le pire afin d'éprouver la solidité de notre amour.

Tu ne m'aimes pas, tu n'as jamais aimé personne, tu m'as épousée pour écrire un livre d'amour.

La seule issue que j'ai trouvé à ce dilemme était de prendre l'objet de mon amour, Eva, et d'en faire un livre.


Le passé d'Eva l'embellit chaque fois à mes yeux.  Il lui rend cette densité surhumaine qu'ont les êtres sans âge.

Tu sais, tu peux me quitter, je n'ai pas peur d'être perdue, ça m'est arrivé si souvent.

Le plaisir de l'innocence a des armes ignorées du vice.

Il y a une part de foi dans l'amour qui se prononce de manière délibérée en soi comme un voeu.  Il reste secret mais aussitôt énoncé il prend une valeur d'absolu.  Il ne s'agit pas de dire "je t'aime" mais d'accepter au fond de soi d'aimer l'autre, c'est à dire de ne plus différencier le sort de l'autre du sien propre.

C'est son secret, son fond mystérieux, cette part très intime d'elle-même, plus intime que l'âme selon certaines sagesses.

Souffrir, s'intéresser, s'ouvrir au monde, c'est le rôle de l'enfant qu'elle torture en la rendant sublime. Ses plus belles photos sont les pires.

Elle criait trop fort pour ma timidité à l'époque, mais ce cri resté en moi a trouvé son écho, puis, encore bien des heures plus tard, l'écho de son écho, et l'amour a pu naître, comme toujours, du souvenir.

Ce tympan qui est au fond de chaque être, et qui marque la limite à ne pas franchir dans tout voyage, celle de la douleur et de la mort volontaire.

Une vie plus qu'une carrière, comment nourrir les ambitions quand on porte l'encombrement d'avoir déjà tant vécu ?


dimanche 20 septembre 2015

Profession du père Sorj Chalandon

Profession du père

Sorj Chalandon




Grasset
Parution : 19/08/2015
Pages : 320
Format : 142 x 205 mm
Prix : 19.00 €
EAN : 9782246857136



Avis de l'éditeur

« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

Mon avis

Sorj Chalandon nous conte l'histoire d'Emile Choulans, en réalité c'est sa propre enfance qu'il nous offre dans ce récit magnifique et emprunt d'émotions.

Enfant, en début d'année scolaire, il était toujours demandé : nom, prénom, profession du père.  Sorj ou Emile ne l'a jamais connue.  C'est troublant et difficile d'imaginer cela.  Pour Emile, son père était tour à tour ; chanteur, pasteur pentecôtiste, agent secret, prof de judo, membre de l'OAS, ... metteur en scène.

Cela se passe dans les années soixante, de Gaulle a "trahi" les français en rendant l'Algérie. Son père vit par procuration de papier, il vit l'actualité de l'intérieur, il affabule et manipule son fils.

Emile a foi en son père, il a besoin d'être aimé, de lui plaire, d'avoir sa reconnaissance et c'est pourquoi il se laisse malgré lui emporter dans le délire paternel.  Il participera avec lui à diverses missions de l'O.A.S., il déposera des lettres de menaces, inscrira le nom de l'OAS à divers endroits, cachera des résistants, il sera réveillé en pleine nuit pour parfaire son entraînement (marche forcée dans sa chambre, pompes...), un entraînement frisant la torture, convaincu qu'il faut une certaine condition pour mener à bien la mission : tuer le général de Gaulle.

Son père l'emmènera dans sa névrose, son délire et Emile complètement sous le joug entraînera à son tour son ami Luca.

Vivre ces scénarios aurait pu être formidable, magnifique , son père mettant en scène son délire et entraînant au sens propre comme au sens figuré son fils dans la vie d'agent secret mais malheureusement il y a cette violence cette cruauté, punir son fils avec un martinet acheté de son propre argent, l'enfermer dans un placard, d'atroces punitions, exercices physiques....  Ce fantasque manipulateur, tyrannique et pervers...

Ajoutez à cela la passivité de sa mère, le déni, l'isolement car ils vivaient en vase clos, comme une secte,  jamais personne ne leur rendait visite, c'était une prison même les grands-parents ne venaient pas....

Que d'émotions contradictoires à la lecture de ce récit. On passe grâce à l'imaginaire débordant du père, à vivre des choses incroyables, des situations frisant la comédie à la tragédie causée par cette violence, cette domination du père névrosé par le mensonge, la maltraitance.

Les mots sont justes, percutants.  C'est l'écriture de l'espoir, de l'amour,de  l'admiration mais aussi de la peur et de cette soumission.   L'écriture est intime, puissante, simple et sincère.  La force du récit pour moi est que c'est le regard porté par l'enfant qui nous est conté et non par l'adulte qu'il est aujourd'hui.

Ce récit semble incroyable, j'aurais tant aimé une rébellion. A défaut, Emile s'échappe grâce au dessin et la peinture aveuglé par l'amour des siens. Troublant, touchant, magnifique.


Ma note : 9/10


Les jolies phrases


On parle des choses tant qu'elles n'arrivent pas.  Et lorsqu'on est sur le seuil, au moment de faire le pas, on se tait.

Je pleurais de douleur après les coups de colère, aussi.  Mais jamais de détresse.  Le désespoir ne faisait pas partie de la sanction.

Il riait.  Ce médecin était un charlatan.  Incompétent comme tous les médecins, menteur comme les journalistes, voleur comme les ministres.

Elle m'observait en secret.  Une tristesse, une pluie d'automne, une colère brutale, une émotion trop vive, une larme de Noël, un regard battu.  Elle leur en voulait de m'avoir abîmé.

Personne d'autre que le père et le fils.  Le chef et son soldat à l'heure de la défaite.

Et il me faisait payer ce que je n'étais pas.

Ils m'avaient oublié.  Ils avaient laissé ma vie derrière eux.

La peur lui était étrangère, dégoûtante.  Il avait de l'aversion pour les faibles, pour tous ceux qui baissaient les yeux.  Et voilà que ses mots transpiraient l'épouvante.  Quelque chose était en train de naître, qui ressemblait à sa fin.

Pour la première fois, j'ai fait l'inventaire de ma petite vie.  Mes vêtements tenaient dans une penderie et trois tiroirs.  J'avais deux paires de chaussures, un manteau, quelques livres et une valise.  Je n'avais plus rien, ni personne.

Ma mère me regardait.  Elle ne disait rien.  Elle écoutait le drame de sa vie comme on assiste à l'accident d'une autre.

Quelque chose avait changé dans la pièce, dans mon coeur.  Une fenêtre invisible s'était ouverte, laissant entrer le vent, l'hiver, le froid, le soulagement, surtout.  J'avais la main sur mon inhalateur, mais je respirais normalement.  J'avais mis des mots sur mon silence.  Et j'avais été entendu.


dimanche 13 septembre 2015

Le crime du comte Neville Amélie Nothomb ♥

Le crime du comte Neville

Amélie Nothomb



Albin Michel
août 2015
Format : 200 mm x 130 mm
144 pages
EAN13 : 9782226318091
Prix : 15.00 €


« Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. »
Amélie Nothomb






Mon avis

C'est ma récré de l'année.  Chaque année lors de la rentrée , arrive avec une régularité rigoureuse, le nouvel opus d'Amélie Nothomb. Le vingt-quatrième opus se nomme "Le crime du Comte Neville".

Je fais partie il est vrai des inconditionnelles et suis fan des écrits de ma compatriote.  Le seul reproche c'est que c'est court trop court, j'en redemande et reste sur ma faim.. cette fois encore le seuil entre la nouvelle et le roman n'est pas loin. Mais à chaque fois la magie de sa plume m'emporte.

Originaire du pays de Magritte, elle en emprunte un ton surréaliste que j'adore.

Cette année c'est l'aristocratie (dont elle fait partie depuis peu car elle porte le titre de baronne) qui en prend pour son grade.

Sérieuse la cadette du Comte Neville a passé une nuit dans la forêt, elle est recueillie par Rosalba , une voyante qui prévient son père.  Lorsqu'il passe la récupérer le matin, elle glisse dans la conversation qu'il tuera quelqu'un lors de sa réception d'octobre mais que tout se passera bien.  Il faut savoir que notre comte est désargenté et que le Pluvier, château familial sera mis en vente faute de moyens, mais paraître est essentiel, il donnera donc une grande réception avant d'abandonner son bien.

Voilà le décor est planté. 

Amélie rend ici un hommage à Oscar Wilde en s'inspirant librement de sa nouvelle "Le crime de Lord Arthur Saville",  Elle trouve une partie des prénoms de ses protagonistes dans la mythologie car Oreste et Electre (frère et soeur d'Iphégénie) sont les enfants d'Agamemnon, référence intéressante.

Elle s'attaque ici aux us et coutumes des nobliaux, code d'honneur, traditions.  

J'ai aimé comme toujours l'écriture unique d'Amélie.  Elle m'a réellement surprise avec le final et m'a fait rire.  Un bon moment encore passé trop vite, le problème c'est que maintenant il faut attendre un an pour le suivant.  Je rêve d'un Nothomb de cinq cents pages, histoire de passer plus de temps en sa compagnie.

Un petit ♥

Les jolies phrases

Pourquoi a-t-on inventé l'enfer alors qu'il existe l'insomnie ?

"La vie de château". Si les gens savaient en quoi cela consiste! A cause de toi, mon aimé, j'ai crevé de faim jusqu'à mes dix-huit ans, j'ai crevé de froid tous les hivers, et Dieu m'est témoin qu'ici l'hiver dure la moitié de l'année!

Henri vivait la hantise de faillir au paraître.

Quand on n'est jamais ému, on n'est jamais passionné.

Tais-toi.  Si tu continues de parler, je vais te haïr.  Et si je te hais, je n'aurai pas le courage de te tuer.

Plus que les autres, les insomniaques savourent le bonheur du sommeil : eux au moins, ils savent qu'ils dorment.

C'est l'un des principes aristocratiques.  On s'inspire des actes des anciens.

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mercredi 9 septembre 2015

Ils ont rejoint ma montagne à lire suite à mon passage à l'Intime Festival

Le dernier week-end d'août était le temps de l'Intime Festival à Namur.

Une belle troisième édition durant laquelle j'ai fait le plein d'émotions et de découvertes.
Mon programme

Cela a suscité des envies qui ont bien entendu rejoint ma pile à lire.


La lecture d'ouverture du festival était un moment d'intenses émotions suivie d'un duplex avec l'auteur.

Bouli Lanners et Philippe Résimont à la lecture.





Fin de mission           Phil Clay



Phil Klay

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Gallmeister Editions
NOUVELLES
Traduit par François Happe
AMERICANA
ISBN 978-2-35178-083-1
Parution le 29/01/2015
320 pages
23,80 euros


Avis de l'éditeur


Un soldat en Irak doit abattre des chiens qui se nourrissent de cadavres, puis, quelques mois après, reprendre place sur son canapé dans une banlieue résidentielle où femme et labrador l’attendent. Un marine affecté aux “Affaires mortuaires” identifie, transporte et inhume des combattants indistinctement Irakiens et Américains. Pendant ce temps, un jeune officier se voit assigner la tâche absurde d’améliorer la vie des civils en leur apprenant à jouer au base-ball.

Dans Fin de mission, Phil Klay emmène le lecteur sur les lignes de front de l’Irak et de l’Afghanistan. Il cherche à comprendre ce qui s’est passé là-bas, mais aussi, surtout, comment vivent ceux qui sont rentrés. Entre brutalité et foi, culpabilité et peur, impuissance et besoin de survie, les vétérans cherchent un sens à donner au chaos auquel ils ont réchappé.



Écrit avec un réalisme pur et dur, ce livre fait de Phil Klay l’une des nouvelles voix les plus talentueuses de sa génération.
À PROPOS DU LIVRE


Paru en mars 2014 aux États-Unis, Fin de mission a bénéficié d’un accueil critique et public unanime, le livre a été salué comme un grand texte sur la guerre et fait partie pendant plusieurs mois des listes des meilleures ventes. Il a fait partie des recommandations de lecture du Président Obama.

Le livre a remporté le très prestigieux National Book Award 2014 et est désigné comme l'une des 5 meilleures fictions de l'année 2014 par leNew York

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Impossible de passer devant ce livre merveilleusement lu par François Morel





Mes amis                Emmanuel Bove


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Edition de L'arbre Vengeur
ISBN : 979-10-91504-35-5
240 PAGES
FORMAT : 124X180 MM
PRIX : 17 €
DATE DE PARUTION : 14 SEPTEMBRE 2015

EMMANUEL BOVE



Né Emmanuel Bobovnikoff d’un père russe exilé, il grandit dans une misère relative auprès d’une mère et d’un frère qui n’auront de cesse leur vie entière de l’obliger à les entretenir.C’est sa belle-mère Emily Overweg qui aura cependant le plus d’influence sur lui, très tôt décidé à ne vivre que de sa plume. D’abord Marié à Suzanne Vallois avec qui il vit en Autriche, il se lance dans la production d’écrits populaires sous le nom de Jean Vallois. Revenu à Paris, il s’essaie au journalisme. C’est grâce à l’une de ses nouvelles qu’il est remarqué par Colette qui, subjuguée, va lui permettre d’éditer son premier roman en 1924. La sortie de Mes Amis le propulse immédiatement avec les honneurs dans le monde des Lettres. Il reçoit en 1928 le très fourni Prix Figuière. Vont se succéder à un rythme impressionnant une vingtaine de romans et recueils de nouvelles qui vont asseoir sa notoriété sans lui valoir la gloire ni la fortune. La guerre survenant, il refuse de se compromettre en publiant le moindre livre et fuit à Alger en 1942 où il écrira ses derniers textes : Le Piège, Départ dans la nuit et Non-lieu. Affaibli par le surmenage et une santé fragile il meurt à 47 ans le 13 juillet 1945. Après quoi il rejoint un terrible purgatoire de 30 ans. Parmi ses grands livres, Armand, Bécon-les-Bruyères ou Le Pressentiment (adapté au cinéma par Jean-Pierre Daroussin. On doit à Jean-Luc Bitton (préfacier notre édition de Mes amis), associé au grand écrivain disparu Raymond Cousse, la biographie de l’auteur, éditée par le Castor astral.
Avis de l'éditeur

Victor Bâton vit dans l’obsession de se faire des amis. Trentenaire qui tire le diable par la queue mais se refuse à travailler, il subsiste de sa pension et parcourt la ville dans des vêtements usés qui ne le rendent guère séduisant. Pourtant il s’accroche à chaque rencontre, se fait un espoir de chaque regard et n’en finit pas de s’inventer un avenir qu’une magnifique amitié illuminerait. Dans un Paris sans lumières, il nous raconte sa quête en détail, sans jamais cesser d’interroger ses mobiles, ses soupçons, ses craintes et ses dépits.

Avec ce roman qui signa ses débuts, Emmanuel Bove bouleversa la littérature française : son écriture, qui allie densité du style et simplicité formelle, ironie mordante et compassion, a traversé le temps.

Mes amis est un chef-d’oeuvre, de ceux qui touchent chaque lecteur. Une rareté qu’il est indispensable de ne pas manquer.

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J'avais très envie d'entendre et de rencontrer Jérôme Ferrari

Où j'ai laissé mon âme          Jerôme Ferrari



Babel
Mai, 2014 
11,0 x 17,6
160 pages
ISBN 978-2-330-01870-2
prix indicatif : 6, 80€
Babel n° 1247


Avis de l'éditeur

1957, Alger. Le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani avec lequel il a affronté l’horreur de la guerre d’Indochine. Désormais, les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d’Andreani : les victimes sont devenues tortionnaires. Autour de Tahar, figure charismatique de la rébellion, ils devront trouver les armes pour affronter leurs trahisons intimes. Avec une magnifique intransigeance et dans une écriture somptueuse, Jérôme Ferrari révèle l’impossible vérité de l’homme quand l’enfer s’invite sur terre.

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Même si "Troisième noce" est toujours dans ma PAL depuis l'an dernier, je n'ai pas pu résister au dernier Tom Lanoye.  Un entretien haut en couleur, l'amphithéâtre était plein à craquer pour écouter cet homme du Nord de notre pays.

Esclaves heureux               Tom Lanoye


Editions de la différence
Genre : Roman traduit du néerlandais (Belgique) par Alain Van Crugten
Date de parution : 2015
Date de mise en vente : 27 août 2015
349 pages 
24 euros

Avis de l'éditeur


Deux Tony Hanssen, parfaits homonymes, flamands l’un et l’autre, tous deux en manque d’argent, dérivent dans des pays lointains.L’un, looser sans illusions, a quitté son milieu bourgeois provincial et ses études universitaires pour courir le monde d’un bateau de croisière à l’autre. Habitué à user de ses charmes auprès de riches passagères, il se trouve à Buenos Aires, gigolo de la vieille épouse d’un mafieux chinois, Bo Xiang, après avoir perdu gros dans la plus grande maison de jeu de Macao.L’autre, informaticien surdoué et arrogant, a fui la Belgique après la faillite de la banque qui l’employait. Les dirigeants voulaient lui faire porter le chapeau. Avec, dans ses bagages, des clés USB pleines de secrets d’affaires, il s’introduit dans une réserve naturelle d’Afrique du Sud pour traquer un animal protégé, ce qui peut lui rapporter gros.Les deux Tony se rencontrent en Asie et, par l’intermédiaire de Bo Xiang, s’apercevront que leurs destins sont liés. Avec ces deux Flamands projetés dans le monde, Tom Lanoye fait une nouvelle fois un portrait grinçant de la Flandre et à travers elle, de l’Europe dont elle est « le nombril malodorant ». Ces deux homonymes ne peuvent oublier leurs racines, leur petit pays plat aux idées étriquées, symbole d’un Occident usé qui contamine les autres continents.

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Une dernière découverte dont la lecture de certains passages m'ont émue, un auteur américain.

Neverhome             Laird Hunt




Actes Sud
Septembre, 2015 
11,5 x 21,7 
272 pages
traduit de l'américain par : Anne-Laure TISSUT
ISBN 978-2-330-05302-4
prix indicatif : 22, 00€

Avis de l'éditeur

Dans la ferme de l’Indiana qui l’a vue grandir, Constance jouit enfin, auprès de son compagnon, d’un bonheur tranquille. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate et que Bartholomew est appelé à rejoindre les rangs de l'armée de l'Union, c’est elle qui, travestie en homme, prend sans hésitation, sous le nom d’Ash Thompson, la place de cet époux que sa santé fragile rend inapte à une guerre qu’elle considère comme impensable de ne pas mener.
Ayant perdu la trace de son régiment après une bataille féroce où elle a été blessée, Constance, la rebelle, dépouillée de son uniforme, reprend, au sein de paysages dévastés, le chemin de la ferme, guidée par l’amour infini qu’elle porte à son bien-aimé mais profondément hantée par la violence et l’étrangeté des aventures qui ont marqué sa périlleuse initiation à l’univers impitoyable des champs de bataille et à leurs sordides coulisses.
Abondant en rencontres aux frontières du réel avec les monstres que la guerre fait des hommes et des lieux, ce roman magistral, largement salué par la presse américaine, propose, à travers le parcours de son androgyne et farouche protagoniste immergée dans les ténèbres du chaos, une impressionnante méditation en forme d’épopée sur la fragilité des certitudes et l’inconstance de toute réalité.


dimanche 6 septembre 2015

Les fugueurs de Glasgow Peter May

Les fugueurs de Glasgow

Peter May



Rouergue Noir
traduit de l'anglais par : Jean-René Dastugue
Format : Broché
Nb de pages : 336 pages
Dimensions : 14 cm X 21 cm
Date de parution : 02/09/2015
ISBN : 978-2-8126-0927-5
Prix : 22.5 euros


Note de l'éditeur


C'étaient les sixties. Une génération décidée à bousculer l'horizon s'engageait dans une décennie d'aventures et d'expériences nouvelles. Et ils étaient cinq, cinq gamins de Glasgow, grandis dans des familles modestes et réunis par l'amour du rock. Au son des Stones et des Kinks, de cette musique révolutionnaire, violente et romantique qui déferlait sur le Royaume-Uni, ils décidaient de fuir jusqu'à Londres, cette ville inconnue qu'ils appelaient «The Big Smoke» et où les attendait, ils en étaient convaincus, le plus brillant des destins. Ils étaient cinq et seuls trois d'entre eux revinrent à Glasgow avant même que finisse cette année 1965. Pour eux, rien ne fut jamais plus comme avant.
Cinquante ans plus tard, un meurtre brutal va sortir trois vieux Écossais de leurs existences finissantes dans un ultime acte d'amitié. Revenant sur les pas de leur adolescence et de la fugue qui les emporta, à dix-sept ans, vers de cruelles désillusions, ils vont remonter jusqu'à la nuit terrible qui vit mourir deux hommes et disparaître pour toujours la jeune fille qui les accompagnait.
S'inspirant de sa propre fugue entre Glasgow et Londres lorsqu'il était adolescent, Peter May livre un polar nostalgique autour des rêves perdus et des passions éteintes de la jeunesse. Dans une spirale éperdue, ses personnages sont emportés dans un même chaos à travers les décors d'un pays bouleversé par la modernité, où les espoirs d'antan n'en finissent pas de s'effondrer et où leur propre passage n'aura laissé aucune trace. Mais les larmes ne résilient ni le mal ni le mensonge. Et, au bout du compte, qu'est-ce que la mort d'un homme sinon l'effacement de ses propres crimes ?


L'auteur




Né en 1951 à Glasgow, Peter May fut journaliste, puis brillant et prolifique scénariste de la télévision écossaise. Il vit depuis une dizaine d'années dans le Lot où il se consacre à l'écriture. Sa trilogie écossaise - L'île des chasseurs d'oiseaux, L'Homme de Lewis et Le Braconnier du lac perdu -, initialement publiée en français par les Éditions du Rouergue, a connu un immense succès dans le monde entier. En 2014 a paru L'île du serment. Toute son oeuvre est disponible aux Éditions du Rouergue.


Il nous en parle

Mon avis

Après avoir dévoré "La trilogie écossaise" cet été, j'étais impatiente de lire le nouveau Peter May.  On reste en Ecosse bien entendu mais dans un registre complètement différent.  L'auteur s'est inspiré d'une fugue réalisée lorsqu'il était jeune.

Nous sommes en 1965, cinq adolescents sont passionnés de musique.  Ils créent un groupe de reprises, "The Shuffles". Ils décident de fuir Glasgow et de tenter leur chance à Londres, ville de tous les possibles. Le périple ne sera pas simple, imaginez-vous, ils sont jeunes (15 ans pour certains), naïfs, pleins de rêves et d'espoir.  Après un détour par Leeds pour récupérer Ratchel, la cousine de Maurie, ils atterrissent chez le Docteur Robert, expert en hallucinogènes...

Cinquante ans plus tard, trois d'entre eux, dont Maurie en fin de vie, referont le voyage en compagnie de Ritchie  (geek et obèse) le petit-fils de Jack.  Une nouvelle génération les accompagne avec un autre style musical car la musique est reine dans ce polar mais j'y reviens un peu plus loin.

Ils referont donc ce voyage mais désillusion et amertume feront place à l'excitation et l'espoir d'une célébrité et de tous les possibles un demi-siècle plus tôt.

Un drame s'était déroulé à l'époque, ils ont bien l'intention de comprendre ce qui s'était réellement passé.

Peter May nous fait revivre les sixties, la découverte de la sexualité, des drogues, des rêves de célébrité, les espoirs d'une jeunesse.  Il nous emmène dans des lieux mythiques : Abbey Road, The Marquee Club, Saville Row, Denmark Street et nous fait côtoyer Les Beatles, John Lennon, Bob Dylan.




Savile Row



Marquee Club



Savoy Hotel


On revivra avec lui la sortie de "Ticket to ride"




Nous accompagnerons les Kinks, les Rolling Stones avec "Let it bleed" et tant d'autres.



Peter May avec beaucoup de sensibilité, donne une grande humanité à ses personnages tout en laissant transparaître leurs zones d'ombres et de lumières.  L'écriture est belle, sincère. Il nous dresse de jolis bilans de vie.  Un récit dont l'originalité se situe dans ce parallèle du même voyage à un demi-siècle d'intervalle.    Le trip a bien fonctionné, la descente est parfois dure mais c'est la vie.

Ma note : 7.5/10


Les jolies phrases

Il n'y a rien de plus désirable que le fruit défendu, c'est ainsi.

Parfois, les paroles prononcées sous le coup de la colère blessent au-delà, de ce que l'on souhaite... Toutefois, si elles font mouche, c'est aussi parce qu'elles recèlent une vérité que la bienséance empêche d'exprimer.

Parfois, tu ne peux pas voir la vraie personne derrière la façade que les gens affichent.

Je suppose que la vie est intimement liée à la douleur, non ?  Liée au sentiment.  A n'importe quel sentiment.  Même les émotions positives peuvent être douloureuses à leur manière.  Et la douleur, la douleur pure et simple, est le sentiment le plus intense de tous.

Tu vois, Raitch, ne rien ressentir, c'est comme être mort.  Je n'ai pas la prétention de savoir ce que c'est de planer sous héroïne, et je n'ai pas envie de le savoir.  Mais ce que tu décris me fait penser à une petite mort.  Je préfère être vivant et composer avec la douleur.

Mais une fois que tu t'es engagé sur cette route...A l'aller, la pente est douce, mais quand tu veux rebrousser chemin, c'est comme escalader l'Everest.

Comment aurais-je pu savoir que l'échec est semblable à une mort lente et pénible et que la déception que l'on éprouve en raison de la tournure que notre vie a prise ne disparaît jamais ?

Le problème, c'est que de nombreux psychiatres aiment trop s'écouter parler.  Ce qui est important, c'est ce que le patient a à dire.  La vrai vertu, c'est l'écoute.

Ce que j'essaie d'exprimer, c'est qu'on ne pense jamais que les personnes âgées ont été jeunes un jour.  Je veux dire, tu sais bien qu'elles l'ont été, mais tu ne peux pas te l'imaginer.  Tu ne vois que le gris et la vieillesse, et tu en as marre de les entendre rabâcher comme tout était mieux quand ils étaient jeunes.

Vous pouvez vous enfuir aussi loin que possible, les choses que vous essayez de laisser derrière vous vous attendent à l'arrivée.  Parce que vous les emportez toujours avec vous.



jeudi 3 septembre 2015

La fille du train Paula Hawkins ****

La fille du train

Paula Hawkins

TRADUIT DE L'ANGLAIS PAR CORINNE DANIELLOT

Sonatine
ISBN papier : 978-2-35584-313-6
ISBN numérique : 978-2-35584-357-0 
Format : 14 x 22
Nombre de pages : 378 
Prix public papier : 21 €
Prix public numérique : 14,99 € 
Mise en vente : mai 2015 


Avis de l'éditeur

Un thriller qui a fait événement avant même sa parution, des droits d’adaptation achetés par Steven Spielberg… Lisez-le, vous comprendrez tout de suite pourquoi.


Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Avec ce thriller psychologique exceptionnel, Paula Hawkins fait figure de révélation de l’année. Il vous suffit d’ouvrir ce livre et de vous laisser entraîner dans le piège paranoïaque et jubilatoire qu’elle vous tend et vous comprendrez combien cette publication fait figure d’événement.



Mon avis


A force d'entendre ce livre encensé, je me suis laissée tenter pour me faire ma propre opinion.

Je rejoins le clan de celles et ceux qui ont marché à fond et n'ont rien vu venir. Beaucoup en effet, lisant sans doute plus de thrillers que moi ont adoré la construction, l'addiction provoquée par le récit mais ont vu venir trop vite l'épilogue.


C'est un premier roman pour Paula Hawkins qui est déjà dans la maîtrise du style. Peu de personnages : trois femmes mais beaucoup de profondeur et de psychologie.


Rachel a 34 ans, elle est séparée de Tom depuis deux ans. Elle prend le train de 8h04 tous les matins. Ce train s'arrête systématiquement au même endroit chaque jour, à la hauteur du n° 23 Blenheim Road. Elle habitait au n°15 pendant cinq ans.


Chaque jour, elle regarde par la fenêtre et observe le couple du 23, elle les imagine Jess et Jason, couple idéalisé et s'invente leur vie. Un matin elle est témoin d'un fait étrange.


Megan (sa Jess imaginaire) a disparu, un avis de recherche est publié dans la presse. Rachel interviendra comme témoin et là commence un engrenage infernal.


Détail important, Rachel est devenue alcoolique depuis la fin de son mariage, elle prend peu soin d'elle et va fourrer son nez dans une drôle d'histoire. Qu'est-ce que j'ai eu envie de la secouer notre anti-héroïne, de la raisonner, quelle naïve, quelle inconsciente.


Megan la disparue, et Anna la nouvelle épouse de Tom sont les autres personnages centraux.


C'est le "je" qui est utilisé pour chacune. Elles témoignent tour à tour, un peu sous la forme d'un journal. On fait des aller-retour dans le temps. Et petit à petit on va comprendre la psychologie de chacune, les pièces vont s'imbriquer et prendre forme.


Le départ est lent à l'image de ce train de banlieue qui s'arrête toujours un instant à proximité du 23 mais une fois embarquée on ne peut plus s'arrêter tant cela devient addictif.


Un vrai coup de maître pour l'auteur de se mettre dans la tête des trois protagonistes. Un thriller psychologique à trois voix mettant en scène des personnes ordinaires.


La détresse de Rachel, la difficulté de se reconstruire en ayant sombré dans l'alcoolisme sont des thèmes du roman. Anna et Megan vous dévoileront également leur partie obscure, le tréfonds de leur âme, des personnages complexes changeants. Très beaux portraits féminins. Je comprends l'engouement pour ce bouquin.


Steven Spielberg est également conquis car il adaptera ce best-seller au cinéma.


Ma note : 8.5/10



Pour être objective, voici divers avis : La fée lit, Cajou, Argali, Miss Marguerite et Cannibal lecteur

Les jolies phrases

La vie n'est pas un paragraphe et la mort n'est pas une parenthèse.


Comme si je jouais à la vie au lieu de vivre pour de vrai.


Les parents se fichent de tout, à part de leurs enfants. Ceux-ci sont pour eux le centre du monde, la seule chose qui compte vraiment. Plus personne d'autre n'a d'importance, ni la souffrance, ni le bonheur des autres, plus rien n'est réel.


Les manques de ma vie seront éternels. Il faut grandir autour d'eux, comme des racines d'un arbre autour d'un bloc de béton ; on se façonne malgré les creux.


Il faut que j'arrive au bout de mon histoire. Il faut que je la raconte à quelqu'un, juste une fois. Dire les mots à voix haute. Si ça ne sort pas de moi, ça finira par me dévorer de l'intérieur. Le vide en moi, celui qu'ils ont laissé, continuer de grandir et grandir encore jusqu'à me consumer entièrement.


Je suis bien consciente qu'il n'existe pas travail plus important que d'élever un enfant, mais, le problème, c'est que ce n'est pas un travail valorisé.

mardi 1 septembre 2015

Mes lectures d'août

Bilan de lecture d'août

Voilà la rentrée est là et je dresse mon bilan lecture d'août, 8 lectures et une neuvième en cours.

Cliquez sur les couvertures pour trouver le lien vers la chronique. Si elle n'ont pas encore été publiées, un peu de patience , elles sont écrites, elles arrivent.

Luce Wilquin particulièrement à l'honneur ce mois-ci, de belles découvertes.

Quand la mémoire et le langage nous font défaut, un roman sur un sujet universel d'une auteur suisse.



C'est la rentrée littéraire chez Rouergue, un premier roman coup de poing, une plume à suivre, très dur, bouleversant mais indispensable.




La blogosphère m'a donné envie de lire ce livre addictif, passionnant, 'page turner', ma critique arrive..patience


Encore une lecture commune improvisée suite à une rencontre des lecteurs belges compulsifs, passionnant également, la critique arrive...


Retour à la rentrée littéraire, je l'attendais et je ne suis pas déçue, que du contraire; Valérie Cohen nous parle du couple et du plaisir au féminin.



Véronique Rochat (suisse) fait également sa rentrée et nous parle aussi du couple d'une autre manière, un bon moment.



Ma lecture commune avec Julie, Nadia Comaneci tout un symbole.




Pas de rentrée sans Amélie, un bon cru, mon avis est prêt.




Et il sort demain, le deux septembre, je le termine, mon chouchou Peter May, après la Trilogie écossaise, on reste en Écosse mais c'est totalement différent, j'aime beaucoup.



Voilà un beau bilan, pour septembre énormément de découvertes de la rentrée au programme.