mardi 24 avril 2018

Bissextile - Eric Russon ♥♥♥♥♥

Bissextile                   -    Eric Russon

Bissextile

Robert Laffont
Parution 01/02/2018
Pages : 360
EAN : 9782221188842
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur

Depuis plus de vingt ans, Sarah a rompu toute relation avec sa mère, une violoncelliste mondialement connue mais une femme totalement dénuée d’amour maternel. Pourtant, le jour où Élise, la domestique de cette dernière, vient lui apprendre qu’elle se meurt, Sarah doit se résoudre à la revoir et à retourner dans la maison de son enfance, dont elle hérite. Une villa à l’atmosphère inquiétante, entre mer et forêt, totalement coupée du monde, qu’Élise continue d’entretenir.
Peu à peu, Sarah se met à chercher les réponses aux questions qu’elle s’est toujours posées. Pourquoi sa mère était-elle si froide avec elle ? Pourquoi avait-elle brutalement interrompu sa carrière, pourtant exceptionnelle ? Pourquoi s’était-elle réfugiée dans un lieu si isolé ? Et qui envoie à Sarah ces photos d’elle petite fille qui atterrissent mystérieusement dans sa boîte aux lettres ?
Dans ce palpitant thriller familial, Éric Russon s’interroge sur les liens entre les êtres, la désobéissance, et la façon dont l’histoire collective influence les destins individuels.

L'auteur

Éric RUSSON



Eric Russon est né à Bruxelles. Journaliste spécialisé dans l’actualité culturelle, il a travaillé à Télé Bruxelles et sur La Première (RTBF). Depuis 2006, il présente « 50 degrés Nord » sur Arte Belgique. Il est l’auteur de deux pièces de théâtre. «Crispations » est son premier roman. Bissextile est le dernier en date.

Source ; Babelio


Mon avis

Sarah Vasseur est gynécologue, elle travaille dans la plus grande maternité d'une ville insituée, que l'on imagine être une capitale.  Nous sommes dans un autre temps, dans un futur pas si lointain.  Sarah est mariée à Nicolas, un architecte en vue avec qui elle a eu Jérôme, leur fils.

Lors de l'inauguration du Palais des Beaux Arts, rénové par son mari, elle admire un tableau dans une salle obscure, une toile d'une autre époque, d'avant la loi, représentant une famille.  Un homme étrange au chapeau de cow-boy l'aborde et lui parle de cette époque révolue, rêve ou réalité ?  L'homme s'est évaporé la laissant dans ses pensées.

Depuis plus de vingt ans, Sarah a coupé les ponts avec sa mère, Lucie Beaumont, violoncelliste mondialement connue qui a subitement mis fin à sa carrière à la naissance de Sarah.  Lucie se meurt et lui demande de la revoir une dernière fois.  Elle envoie Elise pour cette mission.  Elise qui semble vraiment fort dévouée.

Sarah hésite à revoir sa mère, marquée dans son enfance par l'absence complète d'amour maternel.

Coïncidence, Lucie reçoit des courriers, plus précisément des photos d'elle petite, c'est ce qui va l'inciter à renouer avec son passé.

Le décor est planté.  C'est une dystopie que nous propose Eric Russon, un thriller familial palpitant, rudement bien mené.

On ne sait pas très bien où on est, quand on est ?  La société a changé, évolué..

Il y a une loi votée il y a quarante ans, une loi temporaire, prévue au départ pour vingt ans, renouvelable tous les dix ans, elle régit la société.  Sera-t-elle amendée ?

La mobilisation n'est pas très grande.  Le peuple est surveillé.  Le plus inquiétant : les déviants , ils sont arrêtés  de façon violente, pourquoi ?

Il y a aussi une maison en bord de mer digne d'un tableau de Hopper ou d'un film de Hitchcock, elle est magnifique, inquiétante.  L'ambiance y est oppressante, un sentiment d'être épié y règne. Quels sont ces secrets enfouis ?

Un texte passionnant, captivant qui pose question sur les liens entre les êtres, la soumission, la désobéissance.  Une très jolie plume, de courts chapitres remontant le temps comme un compte à rebours.  Un texte puissant, marquant.

J'ai vraiment adoré, je vous le conseille vivement.  Les pages tournent toutes seules.  Un texte qui s'interroge sur certains problèmes de notre société.  Intelligent et super bien mené.

Un gros coup de coeur.




Les jolies phrases

Madame , c'était l'équilibre. La permanence. La clé de voûte de tout un édifice dont Élise fait partie.
Sa vie ressemble à une vieille armoire, avec une foule de tiroirs où chaque objet a sa place, bien séparé des autres.   Et il y a fort à craindre qu'à sa mort, tous les tiroirs soient jetés à terre et leur contenu répandu, mélangé.  Les compartiments qu'elle a passé une vie entière à garder fermés risquent de se retrouver sens dessus dessous.

C'est à cela qu'il occupe le temps qui lui reste, s'accrocher à tous ces vestiges d'un monde que le temps engloutit, comme un naufragé à un bout de bois.

Comment a-t-elle pu exprimer des émotions aussi intenses et se montrer aussi inapte à aimer sa fille?

Autant l'une était minérale et glaciale, autant l'image que Sarah garde de Jacques est celle d'un homme solaire.

Sa vie était consacrée à ces femmes qui un jour deviennent mères.  Il y avait certes dans ce choix l'expression d'une vocation mais aussi la volonté de percer un mystère.  Ce qu'elle voulait, c'était saisir cette étrange envie de se prolonger dans un autre corps, une autre existence.  Qu'elle en soit consciente ou non, par l'observation quotidienne du désir et de la joie d'enfanter, c'est l'indifférence de sa mère à son propre égard qu'elle souhaitait comprendre.

Aujourd'hui, le digital a tout bousillé.  Rien à voir avec ces merveilles argentiques.  Les photos saturent des mémoires virtuelles, perdues dans les nuages, que plus personne ne regarde.  On lègue des maisons, des propriétés, des voitures, des comptes en banque mais comment transmet-on vraiment un récit familial ? Et quand on n'a reçu aucun passé en héritage, le futur ne perd-il pas toute consistance ?

On ne refait pas sa vie, pas plus qu'on ne le recommence.  Repartir de zéro est une illusion, un leurre.  On aura beau cacher son passé dans une consigne dont on perdrait la clé, il se trouverait toujours quelqu'un de bien intentionné pour vous le rapporter.




dimanche 22 avril 2018

Apprendre à lire - Sébastien Ministru ♥♥♥♥♥

Apprendre à lire        -   Sébastien Ministru

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Grasset
Collection  Le  Courage
Parution le 10/01/2018
Pages : 160
Ean  9782246813996
Prix : 17 €


Présentation de l'éditeur


Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition : qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires : un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.
Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire.



Premier roman

L'auteur nous en parle

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Source TV5 Monde

Mon avis

Attention , immense coup de coeur.

Je connaissais la plume humoristique de Sébastien Ministru par le biais de ses pièces de théâtre "Cendrillon ce macho, Fever, Excit...", son humour parfois caustique par le biais de ses chroniques en radio, mais j'ignorais cette écriture sensible, tout en "retenue, tendresse et émotion".

C'est son premier roman, il est juste MAGNIFIQUE.  A lire absolument !

Antoine, approche la soixantaine, il est directeur de presse accaparé par son travail.  Il s'était éloigné de son père avec qui les relations ont toujours été difficiles et compliquées.

Antoine vit en couple avec Alex (artiste peintre) depuis trente ans. Ce duo est au fil du temps devenu platonique.  Antoine s'offre de temps à autre des relations tarifées.  C'est comme cela qu'il rencontrera Raphaël, surnommé Ron, un étudiant instituteur qui rêve de partir en Australie.

Un jour, le père d'Antoine lui demande de lui apprendre à lire et à écrire !  Antoine est un peu désarçonné, et pense à une lubie pour l'emmerder ... mais non son père y tient. Il veut savoir lire et écrire, et si au paradis on lui demandait sa signature pour entrer ?

Peu à peu, Antoine se rendra compte de la souffrance de son père, d'origine sarde envoyé à l'âge de six ans comme berger à la montagne.  L'école et l'éducation lui ont purement et simplement été supprimées.  Immigré ensuite pour travailler dans les mines, il n'a jamais pu signer le bulletin de son fils...  Frustrations..   Il perdra sa femme très jeune, trop jeune et deviendra acariâtre, grincheux, c'est comme ça qu'ils s'étaient éloignés.

Antoine s'en rapproche à présent, s'occupant du vieil homme, il essaie de lui apprendre à écrire, mais c'est compliqué, il n'a pas la patience, la méthode.

Un jour il demandera à Ron de prendre le relais.  Ron s'investira pendant quelques mois bien au delà de l'apprentissage de l'écriture et de la lecture, il permettra au père de s'ouvrir, de communiquer plus.  Le père s'attachera à Ron, changera.  Ron sera un peu le trait-d'union "père-fils", à la base de cette initiation filiale.

J'ai aimé ce premier roman en partie initiatique qui indirectement nous parle de l'immigration italienne, de la relation père-fils, de la honte et de la souffrance face à son analphabétisme.  J'ai aimé l'écriture à la fois franche, pudique et sobre de Sébastien Ministru, retrouvant son humour.

Un premier roman empreint d'humilité, d'émotions.  Un petit bijou tout simplement magnifique.

Foncez, c'est une très belle découverte.

Immense ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Tomber amoureux est la pire des pertes de contrôle, une mise à genoux de la vie qui n'engendre que mièvrerie et troubles de la concentration.

Mon père ne savait ni lire ni écrire parce qu'il avait dû obéir aux ordres de sa famille qui lui avait refusé le droit de fréquenter l'école et confisqué à jamais le droit de s'affranchir.  Je voulais bien le croire mais il n'avait pas dû être le seul dans ce cas en ce temps-là. Ce que j'avais oublié de prendre en considération c'était la souffrance qu'il avait dû endurer en silence et qui avait, sans doute, fait de lui cet homme rude et difficile.

Mais à quoi ça va te servir de savoir lire ?
A quoi ça va me servir ? Mais à lire.  Peut-être que lire, ça fait mourir moins vite.

Lire et écrire, comme inspirer et expirer, sont des gestes naturels que personne ne se souvient d'avoir appris.

La vieillesse et la jeunesse ont cela en commun qu'il faut faire vite - pour l'une parce qu'il n'y a plus de temps à perdre, pour l'autre parce qu'il n'y en a jamais eu à économiser.

Pour les mots simples, il ne s'en sortait pas trop mal, pour les mots plus compliqués, c'est-à-dire plus longs, il se perdait.  Son esprit, en suspens, tombait comme une poussière au vent dans les coursives qui rattachaient les lettres entre elles et dessinaient le mot, égaré par l'architecture même du vocable qui édifiait devant lui une forteresse impossible à prendre.

p87

Il arrive un moment dans l'existence où l'on sent que ce qu'on n'aurait jamais pu faire est la chose à faire.

99 % de la population est alphabétisée, mon père fait partie de cette infime portion de gens qui n'ont jamais été scolarisés.  J'ai mis longtemps à le comprendre, mais il vivait ce handicap comme une réelle douleur - secrète, fourbe et lancinante, maudissant en silence son propre père qui lui avait interdit l'entrée à l'école sans mesurer les dégâts que cela causerait chez lui.  J'ai sous-estimé la satisfaction qu'il éprouvait d'avoir pu apprendre les rudiments de la lecture et de l'écriture.

Il y a des gestes qui, si on les fait, ne portent pas à conséquence; il y en a d'autres qui, si on ne les fait pas, existent quand même.

Son écriture, malhabile, curieusement encombrée de courbes et d'arrondis, ne reflétais pas l'homme, mince, tendu et anguleux, que je connaissais.  La forme des signes qu'il traçait avec cette volonté de prendre beaucoup d'espace révélait une autre part de lui, longtemps enfouie et qui, c'était vraiment çà  le miracle, lui rendit le sourire qu'enfant on lui avait confisqué.


samedi 21 avril 2018

Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur - Patrick Roegiers

Le roi, Donald duck et les vacances du dessinateur

Patrick Roegiers

Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur

GRASSET
Parution : 17/01/2018
Pages : 304
Prix : 20.00 €
Prix du livre numérique: 14.99 €
EAN : 9782246860211


Présentation de l'éditeur

— Vous avez le permis pour regarder le lac ?
— C’est combien ?
— 50 francs suisses.
— Ce n’est pas donné.
— Tout se paye.
— On l’a noté.
— Pas de sous, pas de Suisse.
— Quel beau pays !

Hergé, le père de Tintin, et Léopold, le roi des Belges, se rencontrent au bord du lac Léman, en juillet 1948. L’un est en dépression, l’autre en exil. Ils sont les protagonistes d’un film où ils jouent leur propre personnage et qui se tourne à mesure que le roman s’écrit. La distribution comprend Marlene Dietrich, Humphrey Bogart et Ava Gardner notamment, mais aussi Tex Avery, Walt Disney et Harold Lloyd. Le film est dans le roman, le roman est dans le film.
Un livre vraiment original, drôle, inattendu, mordant et sarcastique, où la virtuosité s’allie à la plus haute fantaisie.


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Mon avis

Quel titre que celui-là ! Tout un programme.

De l'humour, vous l'avez bien compris.  Patrick Rogiers aime mettre en scène des personnages ayant vécu à la même époque et les placer au coeur d'une fiction.  Mêler le vrai du faux, le faux du vrai.

C'est ce qu'il a fait ici au centre de ce roman qui contient lui-même le tournage d'un film.

Nous sommes en Suisse, pays neutre en 1948.

A cette époque, le roi Léopold se trouve en exil dans ce pays, Georges Rémy mieux connu sous le pseudo de Hergé s'y trouve également.  Il se repose, dépressif , ne trouvant plus l'inspiration.

Patrick Rogiers a imaginé que ces deux-là se rencontrent au bord d'un lac suisse...  Il va plus loin, ils vont faire partie d'un film dont ils seront les acteurs principaux, entourés de vrais comédiens qui eux joueront les rôles secondaires.

On mélange le vrai au faux....Le film par exemple au lieu de se tourner dans le vrai cadre naturel se tournera exclusivement dans des décors en carton pâte mais à l'intérieur de ceux-ci tout le reste sera plus vrai que nature : la vaisselle, le champagne, les verres en cristal...   Réalité et fiction, la marge est faible.

Peu à peu Léopold et Hergé vont se livrer, laissant paraître leurs faiblesses, leurs fêlures, leurs secrets.

Et Donald Duck dans tout ça me direz vous ?  C'est le gardien du lac.

Les acteurs jouant les rôles secondaires sont entre autres Tex Avery, Charlot, Laurel et Hardy, les Marx Brothers mais aussi Gloria Swanson, Einstein, la Castafiore, Greta Garbo y font leur apparition.

On retrouve une foule de films et d'acteurs d'Hollywood et d'ailleurs des tas de références cinématographiques.

Les dialogues entre Léopold et Hergé sont succulents, plats, convenus, amusants, ils m'on fait sourire tout au long de la lecture.

La Suisse, elle aussi est au coeur du récit, tous les clichés la concernant sont mis en évidence.

On se promène au bord du lac, c'est joli mais c'est la surface.  Que se cache-t-il dans la vase ?  c'est un peu le sujet que nous cachent Léopold et Hergé ?

J'ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note : 8.5/10

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Les jolies phrases

Le jeu n'est pas une imitation de la vie.  Jouer, c'est vivre.

Il n'y a pas que les montagnes qui ne se rencontrent pas.  Les extrémités du temps se rejoignaient.

Le bonheur est une réalité qu'on invente.  Il n'existe pas par lui-même.

On ne le connaît vraiment que si on tente de le poursuivre.

Rien n'est plus ennuyeux que la perfection.

Ce que l'on trouve compte moins que ce que l'on recherche.

Le cinéma n'est-il pas l'art d'inventer du vrai à partir du faux et du faux à partir du vrai ?

Le cinéma est l'art du retour permanent et le roman celui de la reprise incessante.  On ne vit pas deux fois.  Ce qui est fait l'est une fois pour toutes. Et il impossible de revenir en arrière.

Dans le film qu'il venait de réaliser, comme dans le roman qui s'était déroulé, tout était vrai parce que tout était imaginé.

Le roi ne peut rien dire.  Il en avait pris son parti et faisait sien le proverbe suisse "Mieux vaut être haï ou redouté que ridicule".  Et aussi celui-ci : 3les plus moqueurs sont ceux qui auraient le moins le droit de l'être".


Du même auteur j'ai lu :

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vendredi 20 avril 2018

Cowboy Henk et le gang des offreurs de chevaux

Cowboy Henk et le gang des offreurs de chevaux

Kamagurka & Herr Seele


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Frémok Editions
Collection Amphigouri
Parution janvier 2018
Traduit du néerlandais par Willem
Pages : 48
ISBN 9782390220107
Prix : 18  €


Présentation de l'éditeur


Un cheval galope à travers le paysage désolé de Volga Valley avec pour seul compagnon son cowboy.

Mais il ne s’agit pas de n’importe quel cowboy... Voilà le seul, le vrai, l’unique Cowboy Henk ! Notre héros à la houpette dodue va devoir démasquer de redoutables offreurs de chevaux, affronter des indiens sportifs de haut niveau, sans oublier une mission ô combien périlleuse : apprendre l’alphabet !

Initialement paru en 1986 à L’Écho des Savanes, Cowboy Henk et le Gang des Offreurs de Chevaux de Herr Seele et Kamagurka est le quatrième titre du célèbre cowboy réédité aux éditions Frémok qui, cerise sur les chevaux s'orne ici d'une traduction du génial Willem. Différence de taille par rapport aux titres précédents, il s’agit ici d’une histoire complète de 44 pages. S’y déploie le récit absurde du combat entre Henk et un gang d’offreurs de chevaux, tandis que les voyelles de la réserve de caractères typographiques de Fort Knox ont été volées par des Indiens.

Cowboy Henk et le Gang des Offreurs de Chevaux réunit les ingrédients qui ont fait le succès et la marque de fabrique inimitable de Herr Seele et Kamagurka : un humour potache, de l’absurde, des références à l’Histoire de l’Art et de la bande dessinée, une fantaisie sans borne, et une pointe de scatophilie... sans oublier un passage chez le coiffeur.

Il y a de toute évidence du Tintin et du Lucky Luke dans ce récit qui s’inscrit dans la tradition graphique des albums franco-belge et de la fameuse ligne claire, mais les codes piochés dans un imaginaire nostalgique sont allègrement parodiés afin de composer une aventure surréaliste et dadaïste. Le style volontairement désuet de l’ouvrage original est rendu dans cette réédition par l’impression en bichromie. Bluffant de modernité, cet album confirme l’intemporalité de l’oeuvre de Herr Seele et Kamagurka, précurseurs et indétrônables génies de la bande dessinée d’humour depuis plus de 30 ans.

Mon avis

Un album que j'ai piqué à mon mari.  Un album belge réédité, ça tombe bien c'est justement le mois belge chez Anne et Mina, l'occasion de le découvrir.

La version originale est parue en 1986 sous le titre de Cowboy Henk - De paardenschenkers aux éditions De Harmonie (Amsterdam) en français, Maurice le Cow-boy paru dans "L'écho des Savanes" Albin Michel traduit par Willem.

Bienvenue dans cette BD belgo-flamande, décalée à souhait.

On suit les aventures du Cowboy Henk à la recherche du gang des offreurs de chevaux dont il est lui même victime sans réellement s'en apercevoir.  

Il se rendra à Fort Knox pour apprendre l'alphabet afin de lire un bouquin sur les offreurs de chevaux... ça commence fort!

Surréalisme au rendez-vous, ce n'est pas belge pour rien !

Un humour très particulier décalé qui m'a vraiment fait rire.  A prendre au trente-sixième degré.  Cela se lit très vite, j'ai apprécié.

Ma note : 9/10



mardi 17 avril 2018

Ecoutez nos défaites - Laurent Gaudé

Ecoutez nos défaites  -  Laurent Gaudé



Actes Sud
Parution : août 216
Pages : 288
ISBN 978-2-330-06649-9
Prix  : 20, 00€

Présentation de l'éditeur


Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d'élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d'une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours – le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste... Un roman inquiet et mélancolique qui constate l'inanité de toute conquête et proclame que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu'on meure pour elles.


“Écoutez nos défaites est un livre sur le temps. Celui des quatre époques qui s’entremêlent et construisent le récit : la guerre entre Hannibal et Rome, la guerre de Sécession, la deuxième guerre italo-éthiopienne et enfin l’époque contemporaine. Mais c’est aussi un livre qui essaie de saisir ce continuum qui nous traverse, nous lie aux époques précédentes, dans une sorte de mystérieuse verticalité. Un peu comme le font ces objets archéologiques qui traversent les siècles, surgissent parfois à nos yeux, au gré d’une fouille, nous regardent avec le silence profond des âges et disparaissent à nouveau, vendus, détruits ou engloutis pour quelques siècles encore.
Dans Écoutez nos défaites, chacun espère la victoire. Les généraux réfléchissent, construisent des stratégies, s’agitent, envoient leurs hommes à l’assaut, connaissent des revers, des débâcles, se reprennent et parviennent parfois à vaincre. Mais qu’est-ce que vaincre ? Battre son ennemi ou lui survivre ? Est-ce qu’au fond Hannibal n’a pas vaincu Scipion ? N’est-ce pas lui qui est devenu mythe ? Qu’estce que vaincre lorsque la partie ne se joue pas uniquement sur le champ de bataille ? Hannibal, Grant et Hailé Sélassié ne meurent pas au milieu de leurs troupes. Ils survivent à la guerre, traversent cette épreuve et vieillissent. Et avec le temps, l’écho lointain des batailles, si terrifiant au moment où ils les vécurent, devient peut-être le bruit de leur gloire passée ou en tout cas le souvenir d’instants où ils furent vivants comme jamais. Car ce qui vient après la bataille, que l’on ait gagné ou perdu, c’est l’abdication intime, cette défaite que nous connaissons tous, face au temps.
Et si, dès lors, la défaite n’avait rien à voir avec l’échec ? Et s’il ne s’agissait pas de réussir ou de rater sa vie mais d’apprendre à perdre, d’accepter cette fatalité ? Nous tomberons tous. Le pari n’est pas d’échapper à cette chute mais plutôt de la vivre pleinement, librement.
Les deux personnages principaux d’Écoutez nos défaites, Assem, l’agent des services français, et Mariam, l’archéologue irakienne, sont dans cette quête. Ils sont aux endroits où le monde se convulse. Et si la défaite ne peut être évitée, du moins son approche est-elle l’occasion pour eux de s’affranchir. Quitter l’obéissance et remettre des mots sur le monde. Assumer la liberté de vivre dans la sensualité et le combat. C’est cet affranchissement commun qui rend leur rencontre possible et va les unir dans cette traversée d’un monde en feu, où ils seront peut-être défaits mais sans jamais cesser d’être souverains.”



L. G.



 

Mon avis


Cela faisait un moment que j'avais envie de lire ce livre "perdu" dans ma monstrueuse PAL, merci à Jostein de m'avoir attendue pour cette LC.


Un très beau roman de Gaudé avec un sujet difficile. La construction est particulière car des personnages qui à priori n'ont rien en commun car ils ont vécu à des périodes différentes nous livrent pourtant le même message provoquant en nous réflexion et questionnement.


Pourquoi encore et toujours entreprendre des guerres, pour gagner quoi au final ? La victoire n'a-t-elle pas toujours un goût amer de défaite ? Pourquoi tant de sacrifices pour gagner un combat ? Quand s'arrêtera la folie meurtrière des hommes ? Pour quelle victoire en somme ? Pourquoi commettre à chaque fois les mêmes erreurs, reproduire les mêmes schémas ?


Ce sont toutes ces questions que trois héros glorieux : Hannibal, le général Grant, Hailé Sélassié se sont posées, tout comme Assam et Mariam.


Le constat est le même à chaque période de l'Histoire : chaque victoire a sa défaite.


Assem Graïeb est fatigué, il a fait des tas de missions pour les services généraux français. Sa dernière mission est de retrouver un homologue américain ayant tué Ben Laden. Cet homme est-il fiable ou faut-il le neutraliser ? Assem a toujours agi pour servir sa nation. Il n'a gagné aucune victoire même lorsqu'il a supprimé Kadhafi . Sa défaite : perdre foi dans l'humanité.


Il rencontrera Mariam, une archéologue irakienne qui célèbre ses victoires lorsqu'elle retrouve des objets volés, perdus suite aux pillages et dynamitage des sites du Moyen-Orient. L'arrivée de la maladie sera sa défaite.


En parallèle on mélange le destin d'Hannibal combattant depuis plus de vingt ans contre Rome. Il y aura des victoires mais aussi des défaites. Il s'est fait un nom mais il est diminué physiquement et toutes ses années perdues loin de sa famille.


Ulysse Grant gagnera contre les confédérés, il sera élu président mais que de morts, que de sacrifices en vies humaines. Son surnom "le boucher" lui survivra, la corruption aussi sera sa défaite.


Enfin Hailé Sélassié sait que son armée est en mauvaise posture contre Mussolini , sa défaite sera l'exil et la lâcheté de la SDN.


L'écriture passionne, mêlant ces parcours de vie, dans un même combat, une même histoire en fait. Il y a toujours une faille et aucune victoire n'est pleine et réelle, c'est toujours au détriment de quelque chose.


Comme à chaque fois Laurent Gaudé nous tient en haleine. Un très bon moment de lecture, un joli texte.


Ma note : 9/10

L'avis de Jostein se trouve ici

Les jolies phrases


Il se souvient de l'instant où il avait accepté de mourir, et il le faisait sans haine, à cause des pleurs des femmes, probablement, ou parce qu'il a trop souvent tué pour ne pas reconnaître à l'ennemi le droit de lui prendre la vie.

Au départ, déjà, la certitude qu'il n'y aura aucune victoire pleine et joyeuse.

Les mille possibilités, hasards, carrefours, improbabilités qu'offre la vie sans cesse.  Et vivre, peut-être, n'est que cela : se frayer un chemin à travers les aléas.

Qu'est-ce qu'ils croyaient ?  La boucherie, voilà ce qu'est la guerre.  Rien d'autre.

Cette lutte qui semble si vaine, préserver des objets quand le monde tout autour brûle et se déchire, cette lutte, vouée à la défaite sûrement, qui cherche à arracher du néant ce qui, immanquablement, y retournera. 

Au fond, il n'y a que cela qui soit juste, que cela qui vaille la peine de prendre les armes : la libération des peuples.

Au départ, déjà, il y a le sang et le deuil. Au départ, déjà, il faut accepter l'idée d'être amputé de ce qui vous est le plus cher.  Au départ, déjà, la certitude qu'il n'y aura aucune victoire pleine et joyeuse.

Qu'est ce qu'ils croyaient, tous ?  Qu'on obtient des victoires en restant immaculé ? Que l'on peut sortir de tant de mêlées indemne et frais comme au premier jour ?

Du même auteur j'avais adoré

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lundi 16 avril 2018

Ring Est - Isabelle Corlier

Ring Est   -  Isabelle Corlier

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Ker Editions
Parution février 2018
Pages : 280
ISBN : 9782875862259
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur


Le corps d’un homme battu à mort est découvert sur une aire de parking, non loin du Ring de Bruxelles.

Aubry Dabancourt, juge d’instruction, est chargé de l’enquête.
Une aubaine pour le magistrat qui compte bien tout faire pour que le mort emporte son secret dans la tombe.

Ring Est a remporté le prix Fintro Écritures Noires, décerné par un jury présidé par Paul Colize et composé de Thierry Bellefroid (RTBF), Luc Castro (Fintro), Christine Defoin (Foire du Livre de Bruxelles), Michel Dufranne (RTBF), Véronique Henry (Fintro), Anthony Rey (producteur de « La Trève »), Geneviève Simon (La Libre) et Xavier Vanvaerenbergh.



Premier roman

L'auteure nous en parle




Mon avis

Un premier roman, belge de surcroît , tout ce que j'aime découvrir !  Il vient de remporter le prix Fintro Ecritures Noires qui récompense un auteur qui n'a jamais été publié.  Il s'agit d'un polar très bien mené avec lequel j'ai passé un super moment.

Aubry Daubencour est un juge d'instruction.  Sa vie est compliquée depuis la mort prématurée de son épouse.  Il mène tambour battant sa vie professionnelle et celle de père car c'est lui qui s'occupe de sa fille Lily.  Ce n'est pas simple pour l'instant car Lily fait ses dents.  Elle est difficile et pour la calmer il l'emmène régulièrement faire un tour du ring de Bruxelles... C'est bien connu la voiture, ça endort les enfants !

Je vous parle du ring (ceinture autoroutière ou périphérique de Bruxelles) car il est au même titre que Bruxelles, un personnage à part entière de ce roman.

Un soir, rentrant à la maison avec sa fille, une voiture lui fait une queue de poisson, mettant leurs vies en danger.  Une poursuite commence, arrêt sur une aire de parking non loin du ring.  C'est à ce moment qu'Aubry pète littéralement les plombs...   Sa vie bascule en quelques secondes...

Le lendemain, on lui confie l'enquête.   Une chance pour lui ...

On connaît donc le coupable dès le départ.   Échappera-t-il à la justice ? Comment ? Le crime est-il parfait ?

Le juge confiera les devoirs d'enquête à un jeune inspecteur zélé : Zacharia Bouhlal.

Peu à peu avec une plume très maîtrisée, par le biais d'un récit chronologique, nous allons voir évoluer les divers personnages.  L'auteure nous distillera adroitement peu d'éléments sur l'affaire mais ceux-ci finiront par s'imbriquer de manière habile l'un dans l'autre.

C'est très crédible.  Les personnages sont vraiment bien travaillés.  On découvre les procédures judiciaires. C'est sombre et efficace.

Cerise sur le gâteau, l'auteure assume pleinement sa Belgitude utilisant Bruxelles, son ring et les Ardennes comme décor.  Des descriptions qui me parlent, qui nous projettent ce qui ajoute un plaisir de lecture supplémentaire.

J'ai apprécié l'usage de "Brusselaire", de "Belgiscismes" et autres expressions de chez nous.  Amis français, n'ayez crainte, elles sont annotées et traduites.

Un chouette premier polar de qualité.  A découvrir !

Ma note 8.5/10


Les jolies phrases

Je veux pouvoir servir la justice, pas arbitrer l'éloquence des parties.  Je veux être sur le terrain, pas coincé dans un bureau. Je veux chercher la vérité, pas établir les peines selon des critères aussi précis que rhétoriques.

L'après-midi était encore jeune et il faudrait bien une heure et demie avant que les artères commencent à souffrir des embolies du soir.

Il se sentait comme un pêcheur qui voit soudain le flotteur disparaître sous la surface.  Il fallait ferrer le poisson, mais avec prudence, pour ne pas casser la ligne.

Certaines conceptions de la liberté sont incompatibles avec les traditions.  Il m'a fallu presque une vie pour le comprendre et l'accepter.





dimanche 15 avril 2018

Le goût de la limace - Zoé Derleyn

Le goût de la limace   -  Zoé Derleyn


Quadrature
Parution : 04/10/2017
Pages : 100
ISBN : ISBN 9782930538747
Prix : 15 €


Présentation de l'éditeur


« Si elle n’avait jamais eu de sœurs. Ou si elles étaient mortes toutes les trois. Plutôt que de les entendre hurler, dévaler les escaliers sans arrêt, de les voir débouler dans sa chambre pour lui demander de les départager d’un nouveau concours idiot ou de refaire pour la cinquième fois leurs tresses, Audrey pourrait se concentrer et parvenir à finir une phrase du premier jet. Sans ses sœurs, elle connaîtrait enfin la paix. Pour que le silence soit parfait, il aurait fallu qu’elle n’ait plus de parents non plus, évidemment… »

Entre lumière et zones d’ombre, les personnages de ce recueil tracent leur route sur le fil ténu qui sépare la réalité apparente du monde intime.

L'auteure


Zoé Derleyn est née à Bruxelles en 1973. Peintre de formation, l’écriture a toujours été présente, jusqu’à couvrir les pages de ses carnets de croquis. Le goût de la limace est son premier recueil de nouvelles.  Elle était finaliste pour le prix Rossel 2017.

Mon avis

Un tout premier recueil de nouvelles pour Zoé Derleyn, et pas des moindres car il était dans la sélection du dernier prix Rossel 2017.

Dix nouvelles du domaine de l'intime mettant en évidence les zones d'ombre et de lumière des personnages souvent en équilibre entre la vie et la mort.

  •  Le camion : à partir d'une photo d'enfant, de la description d'une chambre, d'odeur et d'atmosphère. Un entretien avec sa grand-mère qui lui livrera un lourd secret.
  • Le goût de la limace : une rencontre furtive dans un bistrot. Ana va replonger dans le monde de l'enfance.  Nostalgie qui la ramène à son premier amour, à ses défis idiots dont le goût visqueux revient après tant d'années.
  • Veillée : la mort apparaît souvent dans ce recueil, veillée funèbre pourtant si proche de la vie qui continue.
  • Pluvier : soirée molle remplie d'espoir jusqu'à ce que la pluie et l'orage perturbent les réjouissances...
  • Rumeurs : lors de la crémation de S, des rumeurs circulent, son ami, "frère de coeur" qui partageait l'intime est présent, il sème le trouble et suscite l'envie.
  • Terrain vague: nostalgie, enfance, futilité et gravité, vie et mort- choix délibéré - rendez-vous manqué entre une mère et son enfant
  • La mort dans la nuit : une petite fille malade chez sa grand-mère en plein hiver, sa vie pourrait lui échapper, elle s'accroche à l'envie d'écrire.
  • Le petit : un géant, le fils de l'amant : dans le jeu de la séduction , la peur de s'engager, de se fixer
  • Peau de rousse : Audrey est ado, elle rêve de solitude en regardant le ciel , pendant que ses parents font de la spéléo
  • Sur la route du paradis  est la dernière nouvelle.
Un joli premier recueil où la frontière entre la vie et la mort est mince, dont le thème principal est l'exploration intérieure.  Des nouvelles qui percutent en plein coeur.  Zoé Derleyn avec finesse nous conte à chaque fois avec justesse les impressions ressenties par les personnages.  Elle nous emmène dans l'intime, dans l'inavoué, dans la part d'ombre de chacun oscillant entre l'étrange et le familier.

Doutes, peurs, solitudes, le tout avec une plume impeccable suscitant l'émotion.

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases


Elle se souvint que, plus jeune, elle croyait que faire l'amour était la chose la plus intime qui soit et qu'après tout était possible, que c'était comme une porte qui ouvrait sur tout le reste, et puis elle avait compris que ça n'ouvrait sur rien d'autre que la jouissance, et encore, avec de la chance, mais que pour ouvrir les autres portes il fallait autre chose, qu'il ne suffisait pas de se mettre tout nu l'un contre l'autre.

Aimer, être aimé, fait-on vraiment la différence ?

Avec S., elle avait eu l'impression de retrouver quelque chose d'intime.  Quelque chose qu'elle avait laissé derrière elle, dans son enfance, entre deux tombes d'un vieux cimetière ou sur le plancher roux d'une cuisine, quelque chose de perdu qui était réapparu.

Le gros voisin m'a fait signe depuis sa fenêtre.  Il a un ventre énorme, on dirait qu'il essaie de s'échapper de sa chemise.

J'ai décidé de tout faire en courant toute ma vie pour que mon coeur batte très vite et ne s'arrête jamais.



samedi 7 avril 2018

Les passagers du siècle - Viktor Lazlo

Les passagers du siècle   -   Viktor Lazlo

Les passagers du siècle

Grasset
Parution : 10 janvier 2018
Pages : 336
Ean : 9782246812982
Prix : 20 €

Présentation de l'éditeur

Yamissi, arrachée à sa famille en Centrafrique pour être vendue comme esclave, est achetée à Cuba par Ephraïm Sodorowski, un marchand juif polonais. Un amour improbable naît entre ces deux êtres. Il se prolongera par la rencontre à Dantzig, quarante ans plus tard, de leur fille Josefa avec Samuel Wotchek, un anarchiste juif en quête de pureté.

L’odyssée de ces personnages, liés par leurs tragédies, s’adosse à la grande Histoire sur trois continents et cinq générations, de 1860 à nos jours.

Ce grand roman unit dans un ample mouvement la traite négrière et la Shoah, double expérience de l’horreur qui a façonné les héros sans qu’ils renoncent jamais à leur quête de liberté.


L'auteure nous en parle

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Un extrait de livré à domicile.  Cliquez sur la photo pour entendre l'entretien.


Mon avis


Vous le savez, j'aime découvrir des plumes de mon plat pays car en Belgique cela foisonne, des auteurs on en a beaucoup. C'est le quatrième roman de Viktor Lazlo, celui avec lequel je découvre sa plume. J'ai fait un très beau voyage en sa compagnie.

Le roman s'articule autour de trois personnages centraux.


Fleur Desvérieux Gaudrèche va bientôt avoir cent ans. Elle a vécu sa vie à Fort de France en Martinique. Elle décide d'écrire un journal pour transmettre à son fils Pipo, espère -t-elle, l'histoire de sa famille.

Une confession épistolaire qui revient de manière récurrente dans le roman. C'est peut-être un seul bémol car ce personnage est celui qui m'a le moins convaincu.

Entre ces lettres, l'auteure utilise une double narration par le biais des ancêtres de Fleur ; Yamissi et Ephraïm,  et  Josefa (sa mère) et Samuel.

Yamissi dont le destin au départ m'a un peu fait penser à "Bakhita".  Elle est enlevée dans son village, a emprunté le dernier bateau négrier  "Le Daomé" en 1867.  Elle arrive à Santiago de Cuba et est achetée par Ephraïm Sodorowski, un juif polonais exilé - marchand d'esclaves.

Quarante ans plus tard Josefa rencontrera à Dantzig, Samuel Wotchek, un anarchiste juif.  Ils quitteront Dantzig pour s'installer en Martinique.

Destins croisés de deux familles qui portent en elle l'Histoire, celle de l'esclavagisme, du poids à porter sa couleur au début du siècle, du racisme, du regard et rapport de la société, mais aussi celle de la révolution polonaise, de la montée du nazisme, de l'occupation allemande, de la Shoah.

L'errance de deux peuples, mais aussi la séparation des familles, le besoin de se replonger dans ses racines et d'en supporter le poids.

On voyage d'une famille à l'autre et dans le temps, l'arbre généalogique en début de volume est bien utile et permet de se repérer.  

L'écriture est soignée.  J'ai passé un bon moment de lecture. Ce fut une découverte très instructive.

Ma note : 7.5/10

Les jolies phrases

Les regrets sont un maigre recours quand la culpabilité ronge le coeur.

Elle voulait jouer, rire et s'ébattre avec les garçons sur les rives sableuses de l'Oubangui, elle ne voulait pas être une femme puisqu'elle n'avait pas encore fini d'être une enfant.

Et quand il joue de son violon, c'est une vallée tout entière qui coule de son instrument, une vallée heureuse et triste.  Samuel est un poète, un rêveur, un enfant, mais pas un homme. 

Le regret est une victoire, Ephraïm.  Puisque aucun être humain n'est parfait, chacun de nous doit porter un regard critique sur ces actions et c'est ce que tu es en train de faire.

Tu me l'as souvent répété, je ne suis qu'une négresse qui vit dans la maison d'un juif.  Deux parias qui s'appartiennent l'un à l'autre, ne sont-ce pas là tes mots ?

Deux errances, deux solitudes qui s'étaient trouvées vingt ans plus tôt et avaient inventé un possible, voilà ce qu'ils étaient, ce qu'elle avait voulu qu'ils soient et qu'ils demeurent.  Car sa mémoire à elle avait voulu qu'ils soient et qu'ils demeurent. Car sa mémoire à elle ne pouvait s'apaiser qu'au regard de ce qu'ils avaient construit.

Tu as raison, Malavita, je suis un lâche.  Et devant toi, je n'ai jamais pu me cacher.  Tu sais de moi des sentiments que j'ai oubliés.  Tu as réussi en quelques années à réhabiliter à mes yeux une race d'hommes que je ne voyais pas.  Vous étiez transparents.  Utiles et transparents. Ta seule présence a rendu à tous ces pauvres gens que j'ai traités moins bien que du bétail une existence visible.  Parce que tu n'as jamais été invisible.  J'aurais dû m'en douter quand je t'ai achetée et peut-être l'ai-je toujours su.  Vois-tu, Malavita, on ne peut vivre en paix avec un passé aussi laid.  Tout ce que j'ai détruit sur ma route me poursuit inlassablement.  Je suis et serai éternellement un homme en fuite.  Un juif errant.  Même si je me suis éloigné de mon culte, même si je m'en suis bien sorti, au fond de moi subsistent la honte, la persécution.  Seule ta présence me soulage. Seule ta présence...

Mademoiselle, osez vivre dans cette société qui ne claironne pas votre bienvenue, qui refuse de vous faire sentir que vous lui appartenez.  Ne lui appartenez jamais, servez-vous d'elle.  Je vous parle ainsi parce que vous êtes intelligente.  Les femmes sont tellement éloignées de la bêtise des hommes ! C'est le mode de vie de nos ancêtres, la peur qu'elles inspirent aux hommes qui les a confinées dans la sottise, pas leurs gênes!.





jeudi 5 avril 2018

Un monde sur mesure - Nathalie Skowronek

Un monde sur mesure    -      Nathalie Skowronek

Un monde sur mesure

Grasset
Parution : 08/03/2017
Pages : 198
EAN : 9782246863335
Prix : 18 €
Prix numérique : 12.99 €

Présentation de l'éditeur

« Des marchés où s’était épuisée notre arrière-grand-mère aux magasins de prêt-à-porter montés par nos parents, tout nous ramenait aux tailleurs juifs des shtetls de Pologne.
Quatre générations plus tard, on ne se fournissait plus dans le Sentier, à Paris, mais chez d’invisibles intermédiaires qui ramenaient la marchandise du Bangladesh, du Pakistan ou de Chine. Qu’importait la provenance des pièces, qui les avaient confectionnés et comment, nous devions reconnaître parmi les vêtements entassés les articles susceptibles de plaire. Il fallait être rapide, choisir juste. Nous prenaient de cours ces nouvelles enseignes qui ouvraient dans toute l’Europe. Le shmattès yiddish allait bientôt disparaître. »
 
N. S. 

Au cœur de l’histoire familiale de la narratrice, le vêtement : d’un côté le magasin de son inconsolable grand-mère, peuplé des fantômes de la Shoah, de l’autre les flamboyants qui, tournant le dos à la tragédie, jouent le jeu de leur époque avant d’être dépassés par le succès. Entre eux, une jeune femme veut exister sans renier ses origines et les évoque avec une acuité sensible. La fin d’un monde, et peut-être la vraie fin du Yiddishland.

L'auteure


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Nathalie Skowronek est née à Bruxelles en 1973. Après des études de lettres, elle travaille dans l’édition puis pendant sept ans dans le prêt-à-porter pour femmes. Elle revient à la littérature en 2004 en créant la collection « La Plume et le Pinceau » pour les éditions Complexe. Elle publie son premier roman à trente-sept ans. Ses livres touchent aux questions des origines, au poids des milieux, à la mémoire et à la transmission, elle y réfléchit avec le souci du monde contemporain.


Depuis 2016, elle enseigne à l'Atelier des écritures contemporaines de La Cambre/École nationale supérieure des arts visuels. Elle anime également l'atelier d'écriture du club Antonin Artaud, un centre de jour pour adultes souffrant de difficultés psychologiques.


Nathalie Skowronek est l'auteur de deux romans, « Karen et moi » (Arléa, 2011) et « Max, en apparence » (Arléa, 2013), et d'un essai, « La Shoah de Monsieur Durand » (Gallimard, 2015).

Son quatrième livre, « Un monde sur mesure », est paru en mars 2017 aux éditions Grasset.



Mon avis

Nathalie Skowronek était finaliste du Prix Rossel 2017 (Le Goncourt Belge) avec ce récit qui nous raconte un pan de l'histoire de sa famille arrivée chez nous dans les années 20 en provenance de Pologne.

Au départ, Lily, l'arrière-grand-mère, originaire d'une lignée de tailleur juif, vend ce qu'elle peut sur les marchés de Charleroi.  A l'époque, il est vrai que le savoir faire couture est transmis de génération en génération et permet souvent à un juif de redémarrer avec un peu de tissu, du fil et une aiguille.

Ses grands-parents ouvriront des magasins dans la rue de la Montagne à Charleroi, d'abord "Le Palais de la fourrure", puis Vogue et Guedalia, de féroces concurrents toujours à la recherche de l'article phare voué au succès éphémère de la mode.

Ses parents Tina et Octave ouvriront plusieurs magasins entre autre Veldstraat à Gand.

En route pour l'histoire de la mode.  On en apprend des choses intéressantes tout en les liant aux références littéraires : la création des grands magasins avec de nombreuses références à Zola "Au bonheur des dames", la fièvre acheteuse, les créations d'emplois, l'invention de la première machine à coudre par Samuel Singer en 1851, une des plus grandes entreprises internationales, les ateliers          (référence à la pièce de Grumberg), le début du prêt à porter (ready to wear 1895) en opposition au sur mesure usité jusque là.

Avec Nathalie Skowronek et sa famille, on arpente "Le Sentier" à Paris, quartier des grossistes où la famille se fournissait jusqu'à l'arrivée des chinois dans les années 96 dans le quartier Popincourt.  Ils casseront les prix et amèneront d'autres méthodes, début d'un grand changement.

La plume est truffée de références littéraires, Zola, Proust, Flaubert, Cohen, Annie Ernaux.  L'écriture est très documentée, peut-être un peu trop pour ce qu'au départ je pensais être un roman, rendant un peu moins fluide le côté narratif.  On se rapproche en effet par moments du genre documentaire, ce qui est très bien aussi car franchement on ne perd pas son temps, on découvre un monde.

On notera que Nathalie, la narratrice sera en fonction des époques le "Je", "l'enfant" lorsqu'elle remonte dans le temps et deviendra "Sencha" lorsqu'elle parle de ses sept années dans le prêt à porter, secondant sa mère Tina, l'intrépide Don Quichota.

J'ai aimé qu'elle retourne ensuite sur les différents lieux de narration à la recherche de ce qu'ils étaient devenus, un peu nostalgique ne retrouvant malheureusement plus les lieux de son enfance.

Une belle découverte que je vous recommande vivement.

Ma note : 8.5 /10


Les jolies phrases

Ce continuum était notre religion : tailleur, machine à coudre, juif, se refaire, s'enfuir, tout cela faisait partie pour nous d'une seule et même histoire.

A porter l'attention sur le double sens de sweat, on comprend qu'il a beaucoup à voir avec l'idée de peine.  Impossible de ne pas penser que sweatshop alliant efficacité et main-d'oeuvre corvéable à souhait ( pas même pour le prix d'une bouche à nourrir), les Allemands ont créé un modèle dans le genre - Arbeit macht frei, n'est-ce-pas ? -, Auschwitz, du verbe schwitzen; cousin du sweat anglais, où l'on comprend qu'il est toujours question de sueur.

Nous étions tout à tour pionniers ou suiveurs, pestant lorsque nous étions copiés, prenant un air innocent lorsque nous avions copié.

Le made  in China n'appelait pas à mille développements; dans ma tête, il était venu remplacer le savoir faire du shetl.

Au final, on demande aux codes de l'habillement de dire à notre place qui on est, d'où on vient, à quoi on aspire.

Ce qui laisse entendre que partir c'est trahir, et que vivre c'est tuer l'autre.

Ce qui comptait c'était d'occuper le terrain, de faire impression.  Mais la première impressionnée c'était moi, la débutante, qui pour se donner une consistance dont elle se croyait dépourvue s'était persuadée de sa vocation à embrasser le métier de commerçant.







mardi 3 avril 2018

Robinson - Laurent Demoulin ♥♥♥♥♥

Robinson       -   Laurent Demoulin

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Gallimard
La blanche
Parution : 04/11/2016
Pages : 240
ISBN :  978-2-07-017998-5
Prix : 19.50 €

Prix Rossel 2017

Présentation de l'éditeur


Robinson est une île sauvage.
Robinson est un monde.
Robinson est un Sisyphe heureux.
Robinson est un enfant autiste.
Son père, universitaire, évoque avec délicatesse et subtilité son expérience de la paternité hors norme, où le quotidien (faire les courses, prendre le bain, se promener) devient une poésie épique. Détonantes scènes décrites dans leur violence et leur scatologie les plus crues : Robinson ne parle pas, ne se contient pas, il s'exprime dans les mêmes gestes faits et refaits, avec cependant la même joie et le même intérêt, s'achevant dans les fèces le plus souvent.
Ainsi Robinson est un adepte de Paul Valéry : «Le monde est menacé par deux choses : l'ordre et le désordre.»
À cette vie au présent, unique unité de temps comprise par l'enfant, le père répond par une attention de chaque instant et ses soins constants, un humour sans faille et une éponge toujours prête. Avec intelligence et pudeur, ce père nous décrit ces microscènes dans une langue précise et maîtrisée, que son fils, privé de parole, ne saura appréhender. Peut-être est-ce là la seule raison d'être de ce texte tissé entre eux : Robinson ne le lira jamais.

L'auteur nous en parle

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source TV Monde

Mon avis


Prix Rossel 2017.  C'est un récit que j'avais envie de lire depuis sa parution.  Un livre touchant, émouvant.

Laurent Demoulin mène deux vies, sa vie publique en tant que professeur de littérature, conférencier spécialiste de Francis Ponge, Simenon et Jean-Philippe Toussaint , et une vie privée en tant qu'adulte non-autiste vivant avec un enfant oui-autiste.

Le roman inspiré en partie de sa vie personnelle mais pas que, commence par un magnifique poème pour son Robinson.

Robinson a dix ans,  il vit sur son île.  il n'est pas coupé du monde, il est dans le sien.  Il est privé du langage. Il est autiste ce qui signifie une absence totale de progression.

Le narrateur donne ici la parole à son fils qui ne parle pas.  Par des petits instantanés de sa vie, il raconte son quotidien.  L'attention nécessaire à 100% envers Robinson, impossible de le laisser seul une seconde sans contrôle sous peine de catastrophe.

Robinson ne parle pas, il rit, il crie, se fâche, se déculotte, fait se besoins n'importe où, joue et étale ses excréments, jette tout au dessus de l'armoire, renverse, met en bouche les fils électriques.

Ce sont des tranches de vie partagée avec nous.  On accompagne Robinson et son papa au parc, à la piscine, au supermarché, à la fêtes foraine, chez des amis, dans l'intime.

Amour, merde, bulles de savons, patience.

J'ai avalé ce roman, touchée, émue par ce témoignage tendre, cette écriture magnifique, poétique, drôle parfois, tellement authentique.  L'auteur nous parle du lien entre le père et le fils.  C'est un magnifique témoignage d'amour réciproque.

Robinson est dans sa bulle, il a ses gestes, sa logique qui n'est que sienne, ce rapport sur le non langage qui intrigue son père.  Un papa qui s'interroge sur l'avenir de son fils le jour où il ne sera plus.  Il se souvient de ses parents trop tôt disparus, des souvenirs heureux, de l'amour reçu , un peu de nostalgie , une force pour transmettre à Robinson des tonnes d'amour.

A lire absolument.

Un gros coup de coeur. ♥♥♥♥♥


Les jolies phrases

Le printemps fait semblant d’être l’été, à la façon dont Robinson et moi faisons semblant d’être un père et un fils.

Faut-il mentir en disant la vérité ou dire la vérité du mensonge ?

Le non temps qui passe est plus implacable encore que le temps.

Peut-être suis-je dans l'illusion.  Peut-être ses yeux se perdent-ils dans le vide et non dans les miens.  Mais je me sens traversé par son regard, transpercé, transporté par lui en mon vrai lieu, dans un contact primordial, dépersonnalisant, dés-égotisant, mythique, céleste et désarmant. 

Il y en a tant, j'ai fait une mauvaise manipulation , enlevé tous mes "post-it" et hop j'ai quasi tout perdu.....